Livres pour Pâques
Plusieurs livres sur Pâques et le temps pascal.
La victoire de Pâques
Peut-être l'un des recueil d'homélies parmis les plus célèbres de Mgr Chevrot. Le madiatique curé parisien nous propose 27 sermons pour le temps pascal, dans un style profond mais agréable à lire.
Pâques, la fête des fêtes, la solennité des solennités, n’est dignement célébrée que dans la joie. L’Église veut entendre nos acclamations : « Réjouissons-nous, répète-t-elle à satiété, et livrons-nous à l’allégresse ! » Nos frères orientaux se saluent en ce jour avec les paroles mêmes de la liturgie : « Christ est ressuscité ! – Il est vraiment ressuscité. »
Avouons que dans nos pays nous ne manifestons pas pareillement notre bonheur. Tandis qu’à Noël les fidèles qui entrent à l’église ou qui en sortent, échangent spontanément des sourires et des souhaits, au matin de la Résurrection ils ne donnent pas l’impression de respirer dans une atmosphère de victoire. Leur maintien est grave. On les sent préoccupés surtout d’observer le « devoir » de la communion pascale. Faut-il donc prendre un air triste pour remplir le plus doux des devoirs, pour s’unir dans le repas eucharistique au triomphe de Jésus-Christ ?
– Non, catholique, mon frère, ne dites pas : je viens « faire mes pâques » (qu’il semble mesquin en un tel jour ce ridicule possessif) ! C’est votre communauté paroissiale, cellule de l’Église universelle, qui va célébrer la victoire de Pâques. Dans la lecture de l’épître, le sous-diacre répètera le mot de saint Paul : Itaque epulemur. Le sens de ce verbe n’est pas douteux nous le retrouvons deux fois sur les lèvres du père, dans la parabole du fils prodigue : « Festoyons, faisons grande chère, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie. » Epulemur. Quittez ces mines moroses. Prenez un air de fête pour chanter la gloire du Christ ressuscité, qui nous nourrit de sa chair divine, afin de nous ressusciter avec lui.
Écoutez en quels termes un prêtre romain du IIIe siècle, saint Hippolyte, saluait ce mystère de notre foi : « O Crucifié, meneur de la danse divine ! O fête de l’Esprit ! Pâques divine qui descends des cieux sur la terre et de la terre remontes vers les cieux ! Solennité nouvelle ! Assemblée de toute la création ! O joie universelle, honneur, festin, délices par quoi la mort ténébreuse est anéantie, la vie prodiguée à toute créature, les portes du ciel ouvertes ! »
Sermons pour le temps de Pâques
Saint Augustin nous aide à considérer la fête de Pâques, le veillée pascale et les jours qui suivent à travers 41 sermons, parmis lesquels plusieurs explications de la pêche miraculeuse et des 153 gros poissons.
La foi nous apprend, mes frères, et nous sommes fortement convaincus qu'un jour le Christ est mort pour nous, le Juste pour les pécheurs, le Maître pour des esclaves, le Libre pour des prisonniers, le Médecin pour ses malades, le Bienheureux pour les infortunés, le Riche pour les pauvres, pour les égarés Celui qui courait à leur recherche, le Rédempteur pour ceux qui s'étaient vendus, le Pasteur pour son troupeau, et, ce qui est plus admirable encore, le Créateur pour sa créature, ne perdant rien toutefois de ce qu'il est éternellement, tout en donnant ce qu'il s'est fait dans le temps ; invisible comme Dieu et visible comme homme, donnant la vie à cause de sa puissance et acceptant la mort à cause de sa faiblesse, immuable dans sa divinité et paisible dans son humanité. Mais, comme s'exprime l'Apôtre : « S'il a été livré pour nos péchés, il est ressuscité pour notre justification ».
Vous savez parfaitement que cela ne s'est accompli qu'une fois. Or, quoique toutes les voix de l'Écriture publient que cet événement ne s'est accompli qu'une fois, cette solennité le ramène à des temps révolus, comme s'il avait lieu souvent. Toutefois il n'y a pas opposition entre la réalité et la solennité ; l'une ne dit pas vrai pour faire mentir l'autre, mais ce que l'une représente comme n'étant arrivé qu'une fois effectivement, l'autre le rappelle aux cœurs pieux pour le leur faire célébrer plusieurs fois. La réalité montre l'événement tel qu'il s'est fait ; la solennité, sans l'accomplir, mais en en renouvelant la mémoire, ne laisse point passer ce qui est passé. Ainsi donc quand « le Christ, notre Agneau pascal, a été immolé », il n'a été mis à mort qu'une fois ; il ne meurt plus désormais et la mort n'aura plus sur lui d'empire. Voilà pourquoi nous disons, d'après la réalité, que cette immolation n'a eu lieu qu'une fois et qu'elle n'aura plus jamais lieu ; tandis qu'au point de vue de la solennité, elle doit revenir chaque année.
Méditations sur la vie de Jésus-Christ
Sur les sept chapitres du livre écrit par saint Bonaventure, un chapitre entier est consacré à la Résurrection du Christ.
Chapitre 91. Le Seigneur apparaît à deux disciples qui allaient à Emmaüs.
Deux des disciples de Jésus s’en allaient au village d’Emmaüs. 1 Ils ne conservaient déjà presque plus aucun espoir à propos de leur Maître ; aussi s’avançaient-ils, pleins de tristesse, s’entretenant de tout ce qui lui était arrivé. Le Seigneur vint, se joignit à eux sous la forme d’un étranger, et chemina en leur compagnie, les interrogeant, répondant à leurs questions et leur faisant comprendre des paroles de salut, comme nous le lisons dans l’Évangile. Enfin, forcé par leurs instances, il entra dans la demeure qu’ils avaient choisie et se manifesta à eux.
Apportez ici une grande attention, et considérez la bonté et la bénignité de votre Seigneur. D’abord, son fervent amour ne peut supporter que les siens soient en proie à l’erreur et à la tristesse. Il agit vraiment en ami sincère, en compagnon fidèle et en Seigneur charitable. Il se joint à eux, s’informe du sujet de leur peine, leur explique les Écritures, enflamme leurs cœurs afin d’en détruire toute la rouille. Ainsi agit-il tous les jours spirituellement à notre égard. Si, en butte à quelque perplexité ou à quelque dégoût, nous nous entretenons de lui, aussitôt il se présente, fortifiant et illuminant nos cœurs et même les enflammant de son amour. Aussi est-ce un remède souverain contre de telles extrémités de s’entretenir de Dieu. C’est pour cela que le Prophète a dit : « Que vos paroles me sont douces, ô Seigneur ! Elles sont plus douces à mon cœur que le miel le plus délicieux ne l’est à ma bouche. — Votre parole est comme l’argent véritablement éprouvé par le feu, et votre serviteur l’aime tendrement. — Mon cœur s’est échauffé au-dedans de moi, et un feu s’y est allumé durant ma méditation. 2 »
Considérez, en second lieu, que la bonté du Seigneur non seulement avait sa source dans son amour, ainsi que je l’ai dit, mais encore dans son humilité profonde. En effet, voyez comme il s’avance humblement avec eux. Il est le Seigneur de toutes choses, et avec les siens il se fait comme l’un d’eux. Ne vous semble-t-il pas qu’il soit revenu aux premiers éléments de l’humilité ? C’est un exemple qui nous engage à faire de même. Mais l’humilité du Seigneur se manifeste encore d’une autre manière : c’est qu’il n’a pas dédaigné des disciples d’un degré inférieur. Ceux-ci n’étaient pas au nombre des Apôtres, mais ils faisaient partie du corps moins élevé des disciples ; et cependant il se joint familièrement à eux, marche et s’entretient avec eux. Ce n’est pas ainsi qu’agissent les orgueilleux ; ils ne voudraient converser et avoir de rapports qu’avec les hommes d’un rang élevé et de grandes richesses.
Cette humilité se manifeste encore sous un autre point de vue. Si vous avez bien remarqué les orgueilleux, vous avez dû voir qu’ils ne consentent pas à traiter de choses importantes devant un petit nombre d’auditeurs. Mais le Seigneur ne fait aucune difficulté pour expliquer ses secrets à deux hommes. Le petit nombre importe peu pour lui ; quand bien même il n’aurait qu’un seul auditeur, il ne témoignerait aucun dédain, comme nous le voyons pour la Samaritaine.
Considérez, en troisième lieu, la bonté du Seigneur dans l’affaire présente, et voyez comment il instruit ses disciples sur leur conduite, comment il les fortifie et les console. Remarquez comme il feint d’aller plus loin pour augmenter leur désir, pour susciter leurs invitations et être retenu par eux ; et ensuite comment il entre avec eux, prend du pain, le bénit, le rompt de ses mains sacrées, le leur présente et se fait reconnaître. C’est ainsi que tous les jours il agit invisiblement avec nous ; car il veut que nous le retenions, que nous l’invitions par des désirs, des prières et de saintes méditations. C’est pourquoi il faut prier et ne jamais nous relâcher, 3 comme il l’a dit, et agir en toutes ces choses comme il l’a fait lui-même, afin de nous instruire, c’est-à-dire afin de nous porter à nous appliquer aux œuvres de piété et de charité. Il faut aussi nous souvenir qu’il ne suffit pas d’entendre ou de lire les saintes Écritures, mais que nous devons les mettre en pratique. Vous pourrez vous instruire plus amplement sur ce sujet en lisant l’homélie de saint Grégoire sur l’évangile de ce jour.
Or, le Seigneur ne laissa pas les disciples jouir longtemps de sa présence ; mais aussitôt qu’il leur eut présenté le pain il disparut à leurs yeux. Car il voulait aussi aller consoler les autres ; et ceux-ci, du reste, eurent part à cette consolation.
1 Lc, 24.
2 Ps 118. — Ps 38.
3 Lc, 18.




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