Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël
Si nous cherchons un sauveur triophant, le récit des pélerins d'Emmaüs nous mermet de comprendre que le salut apporté pour le Christ est tout autre.
Les deux pèlerins, comme ensuite les apôtres, ont cru parce que Jésus s’est réellement fait voir à eux. Ils ont accepté le fait de sa résurrection parce que Jésus en personne leur a affirmé que la rédemption du monde exigeait ses souffrances et sa mort. Ne perdons pas de temps à démontrer qu’aucune trace d’hallucination ne saurait être relevée à leur charge. Relisons plutôt le récit de saint Luc pour entendre la leçon que Jésus y donne à ses disciples de tous les temps.
« Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, avait-il dit, je suis au milieu d’eux. » (Mt 18, 20) Dès le premier jour, il tient parole. Il en sera de même jusqu’à la fin des temps. Douteriez-vous qu’il ne soit présent à tous les foyers chrétiens, bénissant les enfants que leur mère lui consacre, en tiers entre les deux époux, comme il l’était entre Cléophas et son compagnon ? Ce qu’on appelle la vie profane n’a pas de sens dans le langage chrétien. « Soit que nous mangions, soit que nous buvions, quoi que nous fassions nous demeurons dans toutes nos activités des fils adoptifs de Dieu. Le Seigneur entre chez nous quand nous l’en prions. Il est toujours sur notre route, bien que nos yeux soient empêchés de le voir. S’il reste silencieux, c’est que nous l’oublions : il n’attend qu’un geste vers lui pour nous expliquer les paroles de l’Écriture, éclairer notre esprit et réchauffer notre cœur.
Heureux ceux qui savent lui parler tous les jours, lui rendre grâce de ses bienfaits, le consulter avant d’agir, l’invoquer durant leurs actions. Jésus est le compagnon de toutes nos journées. Dans nos jours heureux il sanctifie nos joies et les rend plus profondes, il glorifie le Père par les œuvres bonnes que nous accomplissons sous son influence et en son nom. Toutefois il ne nous tient pas rigueur de nous tourner vers lui surtout dans les heures où nous souffrons. Si seulement nous le faisions tout de suite, nos peines seraient moins lourdes à porter. À vrai dire, nous ne cessons d’espérer que si nous cessons de penser qu’il est près de nous.
Nous trainons notre tristesse sur les chemins parce que l’expérience, disons-nous, apporte de continuels démentis à notre foi. Nous avions espéré que le Christ changerait notre vie, et nous nous retrouvons invariablement médiocres et enclins au péché. Nous avions espéré que le christianisme transformerait le monde, et l’humanité paraît s’éloigner de lui, devenir plus méchante et se précipiter comme une aveugle au-devant des pires malheurs. Nous avions espéré ! En réalité, nous suivons notre jugement humain et c’est ce qui nous trompe. Ne jugeons pas à la place du Seigneur. Il sait, lui, la gloire qu’à son heure il fera sortir des souffrances et des misères des hommes, et de nos propres échecs, et de cette confusion des esprits et des cœurs qui désole actuellement la terre. Notre erreur sera toujours d’espérer dans les hommes, et de nous fier à nos calculs. Ne cherchons nos lumières que dans la parole de Dieu. Pourvu que nous sachions Jésus près de nous, nous marcherons dans l’obscurité sans perdre courage. Ne veut-il pas nous sauver ? N’est-il pas le Sauveur du monde ? Demeurons-lui fidèles et confions-lui le sort de nos frères. Il nous suffit de l’avoir pour guide.
« Restez avec nous, Seigneur, car déjà le jour touche à son terme. Les années passent, notre pèlerinage prendra bientôt fin. Nous sommes si loin de la sainteté que nous avions rêvée, nous avons fait si peu de bien ici-bas, nous vous avons si mal aimé. Restez avec nous pour accomplir ce que nous n’avons pu et ne pourrons jamais réussir, pour nous changer en vous. Tenez-nous, par la main, à l’heure du grand passage d’où seul, vous pouvez nous introduire dans la divine clarté de la résurrection.
Restez avec nous, Seigneur, car le soir tombe. La nuit gagne notre pauvre terre. L’erreur trompe les esprits, l’égoïsme pervertit les cœurs. On dirait que les ténèbres du Golgotha s’épaississent de nouveau sur le monde. Mais, attachée à votre croix, votre Église souffre et prie. Restez avec elle, Seigneur, afin qu’elle sauve les hommes qui vous méconnaissent et que vous aimez. Nous savons que Satan ne sera jamais plus fort que Dieu, car vous l’avez vaincu. Nous savons que le bien triomphera du mal, car vous avez ôté le péché du monde. Nous savons que vous reforgez peu à peu l’unité de la famille humaine. Vous tenez entre vos mains le sort de tous les peuples. Tous ne vous reconnaissent pas, ils n’en sont pas moins soumis à vos arrêts miséricordieux et justes. Les hommes croient se diriger à leur guise, mais vous seul conduisez le monde. Par quels chemins ténébreux, en dépit de quels reculs provisoires, au prix de quelles souffrances, cela n’est plus notre affaire. Nous n’avons pas à choisir nos chemins, mais parce que vous y êtes avec nous, nous sommes sûrs que vous conduisez à sa destinée glorieuse la race des hommes que vous avez rachetés. « Restez avec nous, Seigneur, et nous espérerons toujours. »
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