Gouvernance(s) et communion ecclesiale - Introduction
Introduction du livre "Gouvernance(s) et communion ecclésiale", écrite par le P. Christophe Delaigue, membre de l'équipe synodale du diocèse de Grenoble-Vienne, et Alejandro Perez, ensaignant au Centre théologique de Meylan-Grenoble.
En guise d'introduction, présentation du livre "Gouvernace(s) et communion ecclesiale"
Christophe Delaigue & Alejandro Pérez
Diocèse de Grenoble-Vienne & Centre théologique de Meylan-Grenoble
Le volume que vous tenez entre les mains se veut une pierre apportée à la réflexion sur la route synodale initiée par le pape François, avec le Synode sur la synodalité qui s’est achevé en octobre 2024. Le pape Léon appelle les diocèses et toute l’Église à poursuivre cette dynamique, notamment avec une nouvelle phase de travail qui nous conduira à une assemblée ecclésiale intercontinentale, à Rome, en octobre 2028 1 ↓.
Dans le cadre de ce cheminement, auquel le défunt pape a résolument engagé toute l’Église, et donc tous les diocèses, le Centre Théologique de Meylan-Grenoble [CTM] a souhaité apporter sa contribution. L’objectif premier était d’offrir aux agents pastoraux du diocèse de Grenoble-Vienne et aux étudiants en théologie – voire les croyants curieux – une session théologique qui leur donne à approfondir tel ou tel aspect que la démarche synodale mettait en valeur. Cette proposition a finalement pris la formule plus large d’une Université d’été, qui a réuni des participants venus de divers horizons, y compris européens : Grenoble et l’Isère, Lyon, Paris, la Belgique et la Grèce.
Dans les phases diocésaines du Synode, il est apparu que la question de la gouvernance était centrale dans les débats. En France, elle fut même le cœur du travail demandé à chaque diocèse pour la seconde phase synodale diocésaine au 1er trimestre 2024.
Certes, cette question n’est pas le tout de ce que Synode entend mettre en lumière, car la question de la participation des fidèles à la vie de l’Église est d’abord missionnaire. On ne le répètera jamais assez : la synodalité est d’abord un enjeu pour la mission.
Mais force est de constater que cette question de la gouvernance, au service de l’élaboration des décisions quant à la vie ecclésiale des communautés et en vue de la mission, est une question qui a besoin d’être creusée et approfondie. D’autant plus qu’un fossé semble s’être créé entre prêtres et fidèles laïcs quant à la compréhension de la place et du rôle spécifique de chacun et notamment du ministère presbytéral. Sans doute la crise des abus a-t-elle accentué cela – en France notamment, avec le rapport de la CIASE et ce que cela appelle de cette sortie du cléricalisme dont on parle depuis Le Lettre au peuple de Dieu du pape François (2018) – ; mais plus largement aussi, la conversion démocratique de notre société occidentale pousse à vouloir que chacun, de son point de vue, puisse apporter sa contribution aux décisions le concernant.
Dans le présent volume vous trouvez la quasi-totalité des contributions qui furent données au cours de cette Université d’été du CTM dont la question de départ fut ainsi posée : Quelles gouvernances pour vivre en communion ecclésiale ? Les interventions ici publiées alternaient avec des temps d’ateliers qui n’ont pu être ici repartagés – à l’exception d’un texte d’Alexis Pidault du CTM que vous retrouverez dans la 2e partie de ce livre. Et manque la prise de parole d’Agnès Desmazières ; son apport était pourtant particulièrement intéressant, notamment en ce qu’elle invitait à réfléchir à la question des charismes au service de la gouvernance, en l’incluant et en l’élargissant à celle des « compétences ». Le concile Vatican II en parlait déjà dans Lumen Gentium, en particulier dans LG 36 (compétences, activités, au service de tous), ainsi que dans Apostolicam Actuositatem 22 à propos des « compétences » au service de la gouvernance (charismes, vertus, compétences à faire fructifier). Elle évoquait également ces notions chez saint Thomas d’Aquin 2 ↓.
Les autres contributions entendues au cœur de ces journées de rencontre et de travail commun sont ici publiées dans l’ordre dans lequel elles furent données. Chaque intervenant fut libre de partager ce que le titre de cette Université d’été lui inspirait, au regard des questions que chacun d’eux voulait alors explorer ou approfondir. Cela expliquera le côté un peu « superposé » de ces textes, qui forment la première partie de ce volume.
Le recueil s’ouvre avec la contribution de Mgr Jean-Marc Eychenne, qui nous invite à une réflexion sur les résonances de l’Esprit dans toutes les cultures, et plus particulièrement dans la diversité des coresponsabilités (diversifiées), auxquelles fait face l’Église avec la synodalité.
Cesare Baldi interroge l’autorité des pasteurs à partir de deux notions : le service et le pouvoir. Le point saillant de sa réflexion réside dans son appel à relire l’encyclique Deus caritas est de Benoît XVI, pour introduire, de manière plus cohérente et appropriée, la charité au cœur de l’activité épiscopale. Sa thèse, à la fois audacieuse et stimulante, peut se résumer en ces termes : potestas caritas est.
Le frère Benoît-Dominique de La Soujeole propose quant à lui une réflexion sur la complémentarité et réciprocité des charismes, à travers la grande tradition de l’Église. Il s’appuie sur les trois qualités – c’est le nom qu’il donne aux fonctions (munera) issues de la grâce du Christ – pour montrer que ce que nous vivons aujourd’hui relève d’une véritable mise en œuvre du concile Vatican II.
Enfin, le texte d’Alphonse Borras, qui clôt cette première partie, est une version retravaillée par notre auteur à la lumière du Document final du Synode d’octobre 2024 – un texte que le pape François a d’ailleurs fait sien, lui conférant une valeur magistérielle. Nous y est là proposé une approche systématique, attentive aux enjeux et aux questions fondamentales, avec une mention spéciale dans la partie V, consacrée aux perspectives de modifications législatives.
La seconde partie du volume vous propose le texte d’Alexis Pidault déjà mentionné, accompagné de deux autres contributions ; celles-ci, bien qu’extérieures à l’université d’été, enrichissent la réflexion. Vous y trouverez une étude de Susana Vilas Boas, enseignante à l'Université Pontificale de Salamanque, rédigée spécialement pour ce recueil, ainsi que le texte d’une intervention prononcée par Alphonse Borras à Grenoble, en janvier 2025, lors d’une session pastorale rassemblant près de 450 agents pastoraux. Dans son texte, Alexis Pidault invite à redécouvrir Rm 12 dans un exercice exégétique aussi pertinent que nécessaire, pour mieux comprendre l’analogie du corps et des membres appliquée à l’Église 3 ↓. Susana Vilas Boas propose ensuite une réflexion sur l’autorité et l’espérance. Enfin, le second texte d’Alphonse Borras constitue un plaidoyer en faveur de la vocation baptismale, cœur de la complémentarité des charismes et des ministères – à discerner – à discerner ensemble, en Église. Il y explore la réalisation de la ministérialité comme expression de l’être chrétien, une réflexion qui mérite toute l’attention du lecteur.
Le volume se clôt sur un texte d’Alejandro Perez, enseignant au CTM, qui a porté et coordonné ce projet d’Université d’été 4 ↓. Ce qu’il nous offre ici ne constitue ni une synthèse ni une conclusion, mais bien une ouverture, une invitation à poursuivre ensemble la réflexion entamée.
Notes
1 ↑ Voir : https://eglise.catholique.fr/synode-des-eveques-2024-sur-la-synodalite/562350-lettre-sur-le-processus-daccompagnement-de-la-phase-de-mise-en-oeuvre-du-synode/
2 ↑ Voir ces travaux autour de ces questions : Agnès Desmazières, « L’immédiateté de Dieu dans l’ordinaire de la vie chrétienne : les charismes au service d’une Église synodale », Recherches de Science Religieuse 110, 2 (2022) : 235-253 ; Agnès Desmazières, « Dialogue, coresponsabilité et conversion de l’Église : jalons pour une morale ecclésiale à partir de Bernard Häring », Nouvelle revue théologique 144, 2 (2022) : 216-231 ; Agnès Desmazières, « Des laïcs théologiens pour construire l’Église de demain », Études 9 (2022) : 85-95.
3 ↑ Voir également le chapitre du frère Benoît-Dominique de La Soujeole.
4 ↑ Autour d’Alejandro Pérez, une équipe de laïcs, prêtres, laïcs en mission ecclésiale et théologiens s’est constituée pour réfléchir au thème de cette Université d’été du CTM, coorganisée avec le diocèse de Grenoble-Vienne, et pour en porter le projet. Que soient ici remerciés Mmes Cécile Boulard, Catherine Bourrat-France et Christelle Ventura et les p. Cassiel Cerclé et Christophe Delaigue.
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