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Comment encourager les enfants à lire à la maison ?

L'auteur du blog "de libros, padres y hijos" nous donne ici quelques idées pour encourager les plus jeunes à lire. Nous vous proposons une traduction de cet article, avec l'accord de l'auteur.

« Apprendre à lire, c’est allumer un feu ; chaque syllabe épelée brille. »

Victor Hugo. Les Misérables

« Oh, quels livres lisaient

ces enfants d’autrefois !

Alors, s’il vous plaît, s’il vous plaît, nous vous en supplions,

allez jeter votre téléviseur,

et à sa place, vous pouvez installer

une belle bibliothèque sur le mur. »

Roald Dahl. Charlie et la chocolaterie

« Les enfants deviennent des lecteurs sur les genoux de leurs parents. »

Emilie Buchwald

Les enfants ont une disposition innée à l’émerveillement et à l’étonnement, une facilité à se laisser emporter par leurs rêves et à naviguer sous la gouverne de leur imagination. Ils naissent également avec un regard poétique qui les rend uniques. Mais si nous ne prenons pas soin de ces dons et ne les nourrissons pas, ils se fanent rapidement, ils s’ankylosent rapidement. La lecture de bons livres peut être un moyen privilégié pour les cultiver. Cependant, n’oublions pas que les enfants ne naissent pas en sachant lire : il faut leur apprendre.

De plus, comme le savent aussi les parents et les enseignants, même s’ils ont appris les premières lettres, les enfants évitent la lecture lorsqu’elle leur semble difficile. Il est donc important de travailler sur deux fronts qui se renforcent mutuellement : améliorer leurs compétences en lecture et nourrir leur motivation. Un enfant qui a du mal à lire aura tendance à s’éloigner de la lecture ; un enfant à qui l’on propose des livres qui ne suscitent pas son intérêt fera de même. D’où la nécessité de soutenir simultanément ces deux fronts : la technique et le désir. La lecture devient alors un moyen formidable de donner cours et de nourrir leurs dons naturels.

Le foyer est le premier lieu où ces principes peuvent se concrétiser. Mais cela demande l’implication active et consciente des parents. Un soutien occasionnel ne suffit pas : il s’agit d’un engagement personnel, spécifique et irremplaçable. Il ne suffit pas de collaborer de manière sporadique et marginale à des activités scolaires — toujours souhaitables, certes —, mais d’assumer ce que seuls les parents peuvent faire à la maison. Ils doivent reconnaître le pouvoir qu’ils ont entre les mains et l’exercer avec diligence, amour et constance.

Et que peuvent — et doivent — faire les parents à la maison ?

La première étape ne consiste pas seulement à encourager avec enthousiasme la lecture auprès des enfants, ce qui est bien sûr très important, mais surtout à faire en sorte que les enfants vivent dans les livres, avec les livres, parmi les livres et pour les livres. Les livres doivent toujours être accessibles à l’enfant. Cela signifie qu’ils doivent être littéralement partout. C. S. Lewis, dans son livre autobiographique Captivé par la joie, a écrit :

« Mon père achetait tous les livres qu’il lisait et ne s’en débarrassait jamais. Il y avait des livres dans le bureau, des livres dans le salon, des livres dans le vestiaire, des livres (en double rangée) sur la grande étagère du palier, des livres dans une chambre, des livres empilés jusqu’à hauteur de mes épaules dans le grenier, des livres de toutes sortes qui reflétaient chaque étape passagère des intérêts de mes parents, des livres lisibles et illisibles, des livres adaptés à un enfant et des livres qui ne l’étaient absolument pas... » .

Et l’auteure Eleonor Farjeon nous raconte à son tour que :

« Dans la maison de mon enfance, il y avait une pièce que nous appelions « la petite bibliothèque », même si, en réalité, chaque pièce de la maison aurait pu porter ce nom.

Notre salle de jeux, à l’étage, était remplie de livres. En bas, le bureau de mon père en était rempli. Ils tapissaient les murs de la salle à manger, envahissaient le salon et montaient jusqu’aux chambres. Il nous aurait semblé plus naturel de vivre sans vêtements que sans livres, et plus contraire à la nature de ne pas lire que de ne pas manger. »

Y parvenir est plus simple qu’il n’y paraît, car il est possible d’acheter des livres de qualité à un prix modique.

Il existe également de nombreuses autres façons d’intégrer la lecture dans la vie quotidienne du foyer et de la famille. Voici quelques idées pour commencer, dont certaines ont déjà été abordées plus en détail dans ce blog. Mises en pratique régulièrement, elles permettront d’intégrer la lecture dans la vie quotidienne des enfants et, mieux encore, d’éveiller en eux l’amour des livres. Elles ne nécessitent aucune formation particulière ni aucun matériel sophistiqué, seulement du dévouement et de l’affection. Il s’agit simplement de faire en sorte que, aux yeux des enfants, la lecture et le contact avec les livres deviennent un comportement familial supplémentaire, une activité que la famille pratique et vit comme quelque chose de naturel.

1) Évitez que les enfants aient accès à de mauvais livres

Ceux qui leur montrent de manière inappropriée la dure réalité du monde des adultes et leur suggèrent une connaissance perturbante de sujets qui dépassent leur capacité et leur nature. Mais ne soyez pas trop rigides dans vos conseils ni trop sévères dans vos interdictions. L’interdiction suscite la curiosité (comme le disait Ovide : « Ce que nous sommes libres de faire nous déplaît. Ce qui est interdit nous met en appétit »). Il faut trouver un équilibre entre leur liberté et l’orientation parentale.

2) Commencez tôt

Le plus tôt sera le mieux : dès le plus jeune âge, voire avant, dans le ventre de leur mère, en les exposant très tôt aux sons et aux rythmes du langage. Les livres cartonnés simples, les comptines et les berceuses créeront une base solide d’apprentissage et de plaisir.

3) Donnez l’exemple

Nous savons que les enfants apprennent par imitation. Et nous savons également que le modèle d’imitation le plus important et le plus influent, c’est nous, leurs parents. Laissez votre enfant vous voir lire. Que ce soit un livre, un magazine ou la notice d’un médicament. Peu importe le support, l’essentiel est de montrer que lire est précieux et agréable. Et n’oubliez pas que les enfants prêtent beaucoup plus attention à ce que nous faisons qu’à ce que nous disons.

4) Discutez avec vos enfants de ce qu’ils ont lu

Avant, pendant et après chaque lecture. Encouragez vos enfants à réfléchir de manière imaginative et critique. Posez-leur des questions qui stimulent leur imagination et leur jugement : « Pourquoi penses-tu qu’il a pris cette décision ? », « Qu’aurais-tu fait à sa place ? », « Que va-t-il se passer ensuite ? ». La conversation transforme la lecture en réflexion vivante.

5) Transformez la lecture en jeu.

Surtout avec les plus petits. Utilisez différentes voix, des gestes, des déguisements, tout ce qui rend l’histoire plus amusante et compréhensible.

6) Reconnaissez et célébrez chaque progrès

De la première syllabe au premier roman. Ce renforcement positif est le plus puissant des renforcements : pour un enfant, il n’y a pas de meilleure récompense que la reconnaissance et l’attention de ses parents ; cela multipliera sa confiance et sa motivation.

7) Soignez les illustrations

En particulier dans les livres destinés aux plus jeunes. Elles doivent être belles et réalistes. Platon et Aristote insistaient sur la présence de la beauté dans l’éducation des plus jeunes, car, en tant qu’expression sensible du réel, elle les attirerait vers le vrai et le bien. C’est quelque chose qui est sans aucun doute lié au caractère sacramentel du monde. Le célèbre illustrateur Walter Crane disait qu’« un livre peut être le foyer de la pensée, mais aussi de la vision », et il doit en être ainsi : l’art, même s’il est minuscule, doit également habiter les livres de nos petits.

8) La poésie

Les enfants viennent au monde avec un « sens poétique » inné. La poésie fait donc partie intégrante de leur vie. Non seulement elle enrichira leur imagination et leur vocabulaire, mais elle constituera également un moyen privilégié d’expression et de compréhension du monde. Le poète Robert Frost a écrit un jour que « la poésie commence par le plaisir et finit par la sagesse ». Une exposition précoce et continue à la poésie peut cultiver chez les enfants un amour durable pour celle-ci. Faites en sorte qu’il en soit ainsi.

9) Encouragez les activités de lecture en famille et développez des habitudes de lecture durables.

Voici quelques exemples :

  • Pratiquez autant que possible et aussi longtemps que possible la lecture à voix haute en famille. Et ne vous inquiétez pas si, au début, le jeu et la distraction priment sur la lecture proprement dite. Ronald Knox racontait comment sa mère leur lisait à voix haute Stevenson, Kipling, Carroll ou Lear pendant que lui et ses frères jouaient. Elle ne leur imposait ni silence ni attention. Knox, qui gardait ce souvenir comme quelque chose de très spécial, pensait que c’était une façon douce et agréable de leur inculquer l’amour de la lecture. Je vous assure que ce sera le cas. Il s’agit d’une expérience très utile et enrichissante, qui va au-delà de la simple écoute de mots ; elle implique le corps et l’âme du lecteur, créant un lien profond avec le texte. De plus, cela constituera un moment de union familiale qui renforcera les liens affectifs entre les membres de la famille et favorisera leur communication.
  • Organisez des aventures de lecture thématiques : combinez des livres sur un thème donné avec des activités en rapport avec celui-ci. Par exemple, après avoir lu des livres sur les animaux, organisez une visite au zoo ou au musée d’histoire naturelle.
  • Convertissez les livres en cadeau. Profitez des anniversaires, des fêtes et de toute autre célébration familiale pour offrir et recevoir des livres en cadeau. Sensibilisez vos proches et vos amis à l’intérêt d’offrir de préférence des livres à leurs enfants. Cela valorisera les livres et pourra devenir une belle habitude que vos enfants adopteront un jour.
  • Créez un club de lecture pour enfants : invitez les amis et/ou cousins de vos enfants à une séance de lecture de contes, suivie d’un atelier manuel ou d’un goûter en rapport avec le thème. Ce type de club peut gagner en profondeur et en complexité à mesure que vos enfants grandissent, laissant de côté les activités pour laisser place à des séances de commentaires et de discussions de type socratique. C’est une merveilleuse façon de créer une communauté autour de la lecture.
  • Établissez un horaire de lecture. Choisissez-le bien : il doit s’agir d’un horaire adapté aux besoins de votre famille, et essayez d’être aussi strict que possible dans son respect, afin qu’il finisse par devenir un rituel. Vous transmettrez ainsi à vos enfants le message qu’il s’agit d’une activité importante qui ne dépend pas d’autres activités. De même, cette rigidité fera de la lecture une partie prévisible de la journée et favorisera l’acquisition de cette habitude.
  • Créez un environnement propice à la lecture : un espace confortable, calme, avec un accès facile aux livres, équipé de sièges confortables et d’un bon éclairage ; et laissez-les créer eux-mêmes des coins lecture accueillants et personnels avec des couvertures, des coussins et tout autre élément qui les aide à se sentir à l’aise. Tout cela peut contribuer à faire de la lecture une activité spéciale et attrayante.
  • Offrez aux enfants leur propre bibliothèque personnelle, sans livres inappropriés, dans laquelle ils peuvent fouiner et choisir librement ce qu’ils veulent lire (leur permettre de choisir rend la lecture moins contraignante, même si c’est vous qui avez rassemblé les livres). Ils doivent se sentir propriétaires de leurs livres, ce qui est directement lié à l’acquisition du goût de la lecture. Ce n’est pas le nombre de livres qui importe, mais l’accès à ceux-ci et la relation personnelle qu’ils entretiennent avec eux. L’idée d’un enfant qui grandit avec sa bibliothèque est vraiment belle.
  • Organisez des visites dans des librairies et des bibliothèques : les sorties régulières pour choisir et acheter de nouveaux livres suscitent l’enthousiasme et l’excitation, tout en élargissant leurs horizons de lecture. Quant aux bibliothèques, visitez-les souvent. Cela permettra aux enfants de se sentir à l’aise dans des pièces littéralement remplies de livres. Obtenez dès que possible des cartes de bibliothèque au nom de vos enfants ; cela leur donnera le sentiment d’être « importants » et renforcera leur envie et leur goût pour la lecture.
  • Encouragez-les à emporter des livres partout avec eux, comme s’ils faisaient partie d’eux-mêmes : lors de voyages touristiques, de longs séjours en famille, de visites chez le médecin (les salles d’attente sont des endroits incroyablement propices), de trajets en bus ou en métro (surtout en métro s’ils vivent dans de grandes villes ; un endroit typique pour lire). Dans le cas des trajets en voiture, les enfants peuvent avoir le mal des transports s’ils lisent ; une alternative possible, qui n’est pas du tout contraire à la lecture, consiste à écouter des contes ou des récits préenregistrés ; le marché regorge aujourd’hui de ce type de format.
  • Fixez ensemble des défis et des objectifs : qu’il s’agisse de lire un certain nombre de livres par mois, d’aborder un nouveau genre ou de se lancer dans un livre intimidant au premier abord (par exemple en raison de son nombre de pages). Les objectifs communs sont source de motivation et procurent un sentiment d’accomplissement, tout comme votre reconnaissance. Tolkien soulignait qu’il est bon que les enfants soient mis au défi, qu’ils relèvent des défis adaptés à leurs capacités et même, parfois, supérieurs à celles-ci. Et, comme le disait Montaigne, permettez-leur également d’abandonner les livres qu’ils n’aiment pas. La liberté fait partie de l’habitude.
  • Prenez le temps de lire, en réduisant surtout le temps passé devant les écrans. Il est nécessaire – et très urgent – de limiter l’utilisation des technologies numériques. Ce temps réservé les aidera à se désintoxiquer de l’excès numérique.

Et surtout, faites en sorte que les enfants prennent plaisir à lire. Transmettez-leur votre enthousiasme, faites de la lecture une activité amusante. Dans son ouvrage Les Lois, Platon affirme que l’enseignement dans les premières années ne doit pas être imposé par la contrainte, mais présenté de manière ludique, car ce qui est appris sous la contrainte ne reste pas fermement ancré dans l’âme :

« Rien de ce qui est appris sous la contrainte ne reste dans l’âme ; au contraire, ce qui est appris par le jeu et la liberté s’enracine mieux ».

Une idée également défendue par le poète Horace et son « Docere et delectare » (« instruire en divertissant »), que Jorge Luis Borges, beaucoup plus proche de nous, confirme :

« Le verbe lire, comme le verbe aimer et le verbe rêver, ne supporte pas le mode impératif. La lecture doit être une forme de bonheur et on ne peut obliger personne à être heureux ».

Car amener les enfants à aimer la lecture est une aventure exigeante, certes, mais extraordinaire. Il n’existe pas de formule magique : seulement des graines à semer dans leur cœur avec patience et tendresse. Si elles sont cultivées avec constance, la passion pour la bonne lecture grandira avec eux. La tâche est ardue, mais la récompense est immense.

L'article est traduit de l'original "¿CÓMO FOMENTAR LA LECTURA EN LOS HOGARES? ", avec l'autorisation de l'auteur, que l'on peut lire ici sur le blog "De libros, padres y hijos" ¿CÓMO FOMENTAR LA LECTURA EN LOS HOGARES?