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La patience chez les Pères

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La patience chez les Pères
Les Pères de l'Eglise ont beaucoup écrit sur la théologie, la philosophie, la Trinité, la grâce... Ils ont aussi écrit sur des choses très concrètes de la vie quotidienne.
Nous recueillons dans cet ebook trois textes sur la Patience, écrits par saint Augustin, saint Cyprien de Carthage et Tertullien.

la patience chez les Pères de l'EgliseLa patience chez saint Cyprien de Carthage.

Dans le dessein où je suis, mes très chers frères, de vous parler de la patience, de vous en exposer les avantages et les bienfaits, par où pourrai-je commencer mieux qu’en réclamant de votre part la patience qui m’est nécessaire à ce moment même pour être favorablement entendu de vous ? Point de fruits à recueillir de ce qui nous est dit, et de ce que l’on se propose d’apprendre, à moins de l’écouter avec une patiente attention. Aussi, de tous les moyens que les oracles du Ciel nous indiquent pour nous diriger dans la voie qui nous fait parvenir aux divines récompenses promises à la foi et à l’espérance chrétiennes, je n’en vois point de plus propre à nous conduire dans le sentier de la vie présente, ni à nous procurer une plus éclatante gloire dans la vie future. Attachés comme nous le sommes à la loi de Dieu, par les hommages de la crainte et de l’amour, la vertu de patience doit être l’objet de nos plus chères affections et de nos plus constants efforts.

Les philosophes se vantent d’en faire profession aussi bien que nous. Mais dans leur école, la patience est aussi vaine que leur sagesse est mensongère. Car enfin, où peut être la patience et la sagesse de quiconque ignore la sagesse et la patience de Dieu ? N’est-ce pas Dieu lui-même qui nous l’apprend ? Lui qui, parlant de ces hommes qui se prétendent sages dans le monde, nous dit, par la bouche de son prophète : Je perdrai la sagesse des sages, et anéantirai la prudence des prudents ? C’est dans le même sens que le bienheureux apôtre saint Paul, rempli qu’il était du Saint-Esprit, acquittant la mission qui lui avait été donnée d’appeler et de former les Gentils à la foi, pose ce fondement : Prenez garde de vous laisser surprendre par la philosophie et par de vaines et trompeuses subtilités, qui ne sont appuyées que sur des traditions humaines, que sur les principes d’une science mondaine, et non sur la doctrine de Jésus-Christ, car en lui seul réside toute la plénitude de la divinité. Écrivant aux Corinthiens : Que personne ne s’y trompe. Si quelqu’un parmi vous pense être sage selon le monde, qu’il devienne insensé pour être sage. Car la sagesse du monde n’est que folie aux yeux de Dieu. Selon qu’il est écrit : Je surprendrai les sages par leur fausse prudence. Et ailleurs : Le Seigneur pénètre les pensées des sages, et il sait combien elles ne sont que folie. Si donc il n’y a point chez ces philosophes de vraie sagesse, il n’y a pas davantage de patience véritable ; car si, pour être patient, il faut être doux et humble de cœur, et que l’expérience nous les fasse voir pleins d’eux-mêmes, s’admirant tous seuls dans les conceptions de leur esprit, et, par cela seul, dans l’impuissance absolue de plaire au Seigneur, il devient manifeste qu’il n’y a point de vraie patience dans des cœurs où domine le sentiment d’une orgueilleuse indépendance et d’une liberté altière, qui s’emporte sans règle et sans frein, incapable de commander aux mouvements impétueux des passions. (...) à suivre !

La patience chez Tertullien

Je le confesse devant le Seigneur notre Dieu, il y a quelque témérité de ma part, pour ne pas dire une sorte d'impudeur, à composer un traité sur la patience, moi qui ne saurais en offrir dans ma personne aucun exemple, puisque je suis un homme dépourvu de tout bien. Il faudrait cependant, lorsqu'on entreprend l'éloge et la démonstration de quelque vertu, commencer par faire voir qu'on la pratique, et donner à l'enseignement l'autorité de la conduite, de peur que les paroles n'aient à rougir si les actions leur font défaut. Plaise à Dieu que la honte de ne pas pratiquer moi-même ce que je viens conseiller aux autres, m'apprenne enfin à m'y soumettre ! Ma seule excuse, c'est qu'il existe certaines vertus, comme certains maux, au-dessus des forces humaines. Pour embrasser les unes, pour supporter les autres, il faut le secours particulier de l'inspiration divine. En effet, ce qui est parfaitement bon doit résider en Dieu, et il n'y a que le possesseur qui puisse départir à qui et dans la mesure qu'il lui plaît. J'aurai du moins la consolation de m'entretenir d'un bien qu'il ne m'est pas donné de goûter, à peu près comme ces malades, qui ne peuvent se taire sur les avantages de la santé qu'ils n'ont pas.

Ainsi, infortuné que je suis, toujours brûlant de la fièvre de l'impatience, il faut que je demande par mes soupirs, par mes supplications, par mes instances, la santé de la patience que je n'obtiens pas, surtout quand je considère, dans la contemplation de ma faiblesse, qu'il est difficile à la foi chrétienne et à la doctrine du Seigneur de conserver toute leur vigueur, si la patience ne vient à leur secours. Elle est donc tellement inséparable des choses de Dieu, que personne, sans la patience, ne peut accomplir aucun précepte ni faire aucune œuvre agréable à Dieu. Ceux même qui vivent dans les ténèbres l'honorent du nom de vertu souveraine. Les philosophes, du moins ceux qui passent pour des animaux de quelque sagesse, font tant d'estime de la patience, que, malgré la capricieuse diversité de leurs sectes et l'opiniâtre opposition de leurs sentiments, d'accord néanmoins sur la patience, c'est à la patience seule qu'ils confient la paix de leurs études. C'est à elle qu'ils s'attachent dans un lien commun ; à elle qu'ils s'appliquent de concert pour arriver à une réputation de vertu ; par elle enfin qu'ils arborent tout l'appareil de leur sagesse. Magnifique témoignage en faveur de la patience, puisque la vaine philosophie du siècle lui demande sa gloire et son mérite ! Ou plutôt n'est-ce point une honte qu'une chose si divine soit profanée par la science du monde ? Mais laissons là ces hommes, qui auront bientôt à rougir de leur sagesse détruite et flétrie avec le siècle.

Pour nous, ce n'est point une affectation superbe, formée par l'orgueil d'une indifférence toute cynique, qui nous impose l'obligation de pratiquer la patience ; c'est la suprême et vivante règle d'une doctrine céleste qui nous représente Dieu lui-même comme le plus parfait modèle de la patience. D'abord, « il déverse également la rosée de sa lumière sur les justes et les injustes » ; il distribue à ceux qui le méritent, comme à ceux qui ne le méritent pas, les bienfaits des saisons, les dons des éléments, les tributs de toute la création ; il supporte l'ingratitude des nations qui adorent les bizarres fantaisies de leurs mains et de leurs arts, blasphèment son nom et persécutent ses serviteurs. Enfin, le libertinage, l'avarice, l'iniquité, tous les dérèglements qui chaque jour lèvent de plus en plus la tête, il les souffre, avec une patience qui fait tort à sa grandeur ; car plusieurs refusent de croire à Dieu, parce qu'ils le voient si lent à punir le monde. (...) à suivre !

La patience chez saint Augustin

La force d'âme, la vertu qui porte le nom de patience, est un bien grand don de la munificence divine, puisqu'on exalte en Dieu même cette patience avec laquelle il attend les méchants jusqu'à ce qu'ils se corrigent. Dieu ne peut souffrir, ne peut pâtir ; le mot de patience vient précisément de pâtir ; et cependant Dieu est patient ; c'est là une de ces vérités que nous croyons d'un cœur fidèle et que nous confessons de bouche pour le salut. Mais quelle est la nature, quelle est la grandeur de cette patience d'un Dieu qui ne pâtit pas et qui n'est pas impatient, qui au contraire est la patience même ? C'est ce qu'il est impossible d'expliquer par le langage humain. Sa patience est donc ineffable, comme son zèle, comme sa colère, et ses autres sentiments du même genre. Car ils ne sont nullement en lui tels qu'ils sont en nous ; et ce n'est pas ainsi qu'il faut les imaginer. De même que son zèle est jaloux sans aucun mélange d'envie, sa colère sans aucun trouble, sa pitié sans aucune douleur, son repentir sans réparation d'aucune faute qu'il ait pu commettre, ainsi il est patient sans souffrir. Mais venons à la patience humaine, cette vertu que nous devons comprendre et pratiquer ; exposons en quoi elle consiste, autant que Dieu nous donnera de le faire, et que le permettra la brièveté de ce discours.

La patience de l'homme, je dis la patience vraie, louable, celle qui mérite le nom de vertu, consiste à supporter les maux avec égalité d'âme, de peur que l'inégalité de l'âme qui enfante l'iniquité, ne nous fasse abandonner les biens spirituels qui sont pour nous les moyens de parvenir aux biens supérieurs. Il suit de là que les impatients, en refusant de souffrir les maux, ne parviennent pas à s'en exempter, mais plutôt à se procurer des maux plus grands. Les patients, au contraire, qui aiment mieux supporter le mal sans le commettre, que de le commettre en ne le supportant pas, font un double gain : ils rendent plus légers les maux qu'ils souffrent par la patience, et ils échappent aux maux plus graves dans lesquels ils tomberaient par l'impatience. De plus ils évitent la perte des grands biens de l'éternité, en ne succombant pas sous le poids des maux passagers du temps. Car « les souffrances de ce temps, comme le dit l'Apôtre, ne sont pas à comparer à là gloire à venir qui sera manifestée en nous [1] » ; et encore : « Les tribulations temporelles qui sont en même temps légères, produisent pour nous un poids immense et éternel de gloire [2] ».

3. Considérons, mes très chers frères, tout ce que les hommes endurent de travaux et de douleurs pour les objets de leurs passions vicieuses, pour des choses qu'on est d'autant plus malheureux de désirer, qu'on s'imagine être plus heureux en les possédant. A quels dangers ils s'exposent pour les fausses richesses ! Quelles amertumes ils dévorent pour les vains honneurs ! Quelle incroyable patience pour des satisfactions puériles ! Avides d'argent, de gloire, de débauches, rien ne leur coûte pour se procurer ce qu'ils désirent, et conserver ce qu'ils ont acquis. Le soleil et la pluie, la glace, les vagues mugissantes, la mer en furie, le métier de la guerre, si dur et si plein d'incertitudes, des coups, des plaies affreuses, des blessures horribles, ils supportent tout sans y être contraints par la loi de la nécessité ; ils affrontent tout comme à plaisir, et pour suivre leurs désirs coupables. Et l'on croit que toutes ces folies sont comme permises !

En effet, l'avarice, l'ambition, la luxure, et tout le cortège des vains amusements sont réputés choses innocentes, dès qu'on ne se les procure pas par quelque crime ou forfait défendu par les lois humaines. Il y a plus : dès qu'on ne fait tort à personne, celui-ci peut acquérir une fortune ou augmenter la sienne, celui-là ambitionner les honneurs et se maintenir au faîte, cet autre lutter dans l'arène ou s'adonner à des choses dangereuses, cet autre encore rechercher les applaudissements sur la scène, et tous pour atteindre leur but endureront peines et fatigues de toutes sortes : le populaire, ami des vanités, se garde bien de leur infliger le moindre blâme ; loin de là, il les élève jusqu'aux nues. Et ainsi, selon la parole de l'Ecriture, « le pécheur est loué à cause des désirs a de son âme ». La violence de ces désirs fait supporter les travaux et les douleurs ; et en effet, personne ne subit volontiers des tourments, sinon pour arriver au plaisir. Mais, comme je le disais, ces passions que veulent satisfaire ceux qui en sont dévorés, au prix de tant de fatigues et d'amertumes endurées avec tant de patience, sont regardées comme permises et tolérées par les lois. (...) à suivre !



[1] Rom. VIII, 18.

[2] 2 Cor. IV, 17.

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