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Le bal après la tempête: présentation

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Le bal après la tempête: présentation
Quelques mots de présentation, des extraits du livre, pour donner envie aux lecteurs de découvrir un ouvrage qu'ils ne connaissent pas. Il y a-t-il un intérêt à l'acheter ?

Une page d'histoire

Aux dires de ceux qui ont pu le lire, ce recueil de témoignages est une véritable page d’histoire. Histoire de trois pays baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie), histoire de l’Eglise, ou plutôt des Eglises, puisque sous le régime communiste, les religions recevaient toutes le même traitement.

Histoire de ceux qui n’ont pas accepté la dictature, ou le régime totalitaire, et qui ont voulu s’opposer au pouvoir.

Histoire contemporaine, puisque ce sont les acteurs eux-mêmes qui racontent ce qui leur est arrivé. José Miguel Cejas a rencontré toutes ces personnes entre 2012 et 2013 : le livre est récent, et plusieurs témoins en profitent pour donner quelques rappels historiques de leurs pays.

3 groupes de témoins

Il y a, me semble-t-il, trois groupes de témoins dans ce livre :

- la génération la plus ancienne, qui a été déportée en Sibérie ou arrêtée par le KGB. Les récits se situent avant 1953, date de la mort de Staline. Les grandes déportations cessent à ce moment-là.

- La génération plus jeune, qui a vécu dans les années 70 : le régime communiste a perdu sa vigueur initiale, et le nihilisme s’est emparé de la jeunesse. Corruption, drogue, pornographie… Et dans cette ambiance délétère, certains se convertissent, parce qu’ils cherchent un sens à leur vie, parce qu’ils entrent par hasard dans une église, parce qu’ils réfléchissent.

- La génération actuelle, qui vit dans ces pays ou qui s’y est installé. C’est le cas de Mgr Philippe Jourdan, ou du Métropolite orthodoxe Stéphanos II, ou encore d’un directeur de journal, ou d’une ancienne ministre de l’intérieur d’Estonie. Ces gens jettent un regard nouveau et enthousiasmant sur leurs pays, sans en dissimuler les difficultés, tout en soulignant, avec une certaine sérénité, les petites victoires qu’ils ont déjà pu remporter, par rapport à la situation qu’ils ont trouvée lors de leur arrivée, ou juste après la chute du communisme.

L’influence de Jean Paul II

Ce n’est pas le thème central du livre. Mais force est de constater que plusieurs témoignages font référence à l’action silencieuse de Jean Paul II, véritable encouragement pour tous ceux qui vivaient encore derrière le rideau de fer.

Une place spéciale pour la Russie.

Le long témoignage d’Alexandre Dianine-Havard sur sa famille, l’exil de ses grands parents, sa foi, et sa volonté de repartir  accompagner les siens dans son pays natal dès que cela fut possible après la chute du Mur est absolument fabuleux. Certes, Alexandre est un homme hors du commun, mais il pourrait très certainement reprendre à son compte ce slogan d’un home politique américain : Yes we can ! Oui, c’est possible.

Le sens de ce livre

Oui c’est possible ! C’est peut-être le message d’optimisme qui ressort de tous ces récits : l’oppression, la dictature, l’ambiance sociale ne sont pas une fatalité. L’homme est capable de cette liberté intérieure, que personne ne peut conquérir, et qui lui donne la force de parvenir à cette liberté extérieure, indissociable de sa dignité.

Et de même que ces hommes et ces femmes ont été capables de s’affranchir de cette oppression idéologique, il est possible de s’affranchir de cette nouvelle pression que le matérialisme et l’individualisme veut exercer sur ces pays et sur notre société européenne.

Quelques extraits

JOANA PRIBUSAUSKAITÉ (Lituanie)

Mon père avait trois problèmes. Trois problèmes graves : il appartenait à l’ancienne noblesse lituanienne, il était propriétaire d’un champ de trente hectares, et – ce qui est le pire – en plus d’être bon catholique, il aidait le curé de la paroisse. Pour ces trois raisons, il fut déporté en Sibérie le 2 octobre 1951, à 45 ans, avec ma mère, 29 ans, et mes cinq frères1.

Ils sont arrivés la nuit, comme d’habitude. Ils ont donné des coups à la porte, en criant : « Ouvrez, ouvrez ! » et plusieurs soldats de l’armée rouge ont fait irruption dans la maison, avec un civil qui avait la liste de ceux qui devaient être déportés. Cette liste avait été établie par les collaborateurs communistes locaux. Sur cette liste, il y avait les noms de mes parents et de mes frères, mais pas celui de ma grand-mère.

- Vous pouvez rester – lui dirent-ils.

- Non, répondit-elle. Je pars avec eux.

- Bon. Vous avez un quart d’heure pour rassembler vos affaires.

Mes frères ne comprenaient rien. Ma mère fit un baluchon avec les vêtements, elle a mis un peu de nourriture dans un panier, et discrètement elle a emporté quelques livres en lituanien.

- Ne prenez que ce qui est indispensable – disaient les soldats. – Vous ne devez emporter que ce que vous pouvez porter vous-mêmes.

L’un d’entre eux s’approcha de ma mère :

- Qu’est-ce que tu as dans ce sac ?

- les affaires des enfants…

On leur a ordonné de monter dans un camion, où il y avait déjà d’autres familles dans des conditions semblables. Le camion les a emmenés à la gare. Un grand nombre de wagons à bestiaux les attendaient, avec des petites fenêtres en hauteur avec des barreaux, que l’on fermait de l’extérieur. Ils se sont installés comme ils ont pu, entassés avec les autres familles.

Il faisait froid. Après une longue attente, le train a commencé à rouler, entre les cris et les pleurs. Ils n’avaient à manger, chaque jour, qu’un morceau de pain et une tasse de soupe très liquide. Ils ont réussi à faire un trou dans le plancher du wagon pour leurs nécessités. Et rapidement, la saleté et la puanteur sont devenues insupportables. Les personnes âgées et les enfants ont commencé à mourir, et les soldats les sortaient du wagon lorsque le train s’arrêtait. Si le climat le permettait, on jetait sur leurs corps quelques pelletées de terre ou de neige.

Où les emmenait-on ? Aucun soldat, aucun officier ne répondait à leurs questions. Ils ont rapidement compris la réponse, en voyant, pendant des semaines, le paysage de la Sibérie.

MARY JARVI (Estonie)

(…) Je continue de parler de Teet. En plus de la musique, nous aimions voir les monuments de la Vieille Ville. S’y promener, c’est comme ouvrir un livre d’histoire de l’art. Il y a des vestiges des différentes occupations que nus avons subies au fil des siècles : l’occupation allemande ; l’occupation suédoise, avec la tour de l’église saint Olavs ; l’occupation russe avec la cathédrale orthodoxe et ses clochers à bulbe… Et un jour, fin décembre 1976, alors que nous nous promenions, Teet me proposa :

‑ Pourquoi nous n’irions pas à la Messe de Noël dans l’église catholique, pour voir comment c’est ?

‑ Très bien – lui dis-je. Et nous sommes arrivés devant la porte de l’église, qui est au centre de la vieille ville, à six heures du soir.

En entrant, j’ai été un peu déçue. Elle était de taille moyenne, de style néogothique. Elle était bien entretenue, mais il n’y avait aucune œuvre d’art de qualité. Presque tous les fidèles étaient lituaniens ou polonais, la plupart âgés. Mis à part Teet et moi, il n’y avait pas de jeunes.

J’avais une connaissance élémentaire et pleine de préjugés sur le christianisme ; au fond, je n’en savais pratiquement rien. Et sur le catholicisme, encore moins. J’avais entendu dire chez moi que mon père avait été baptisé dans l’Église Orthodoxe, et ma mère dans l’Église Luthérienne. Moi, bien sûr, je n’étais pas baptisée.

À un moment bien précis, pendant cette messe, j’ai pensé :

‑ Ici c’est chez moi. Je veux être catholique.

Je portais sur moi un insigne en métal avec la faucille et le marteau ; je l’ai enlevé discrètement, et je l’ai jeté.

Ce fut pour moi un changement inexplicable. Cette – comment dire – illumination imprévue ne correspondait pas à mon éducation, ni à mon caractère, ni à mon histoire personnelle, ni à l’ambiance dans laquelle j’avais grandie. Ce ne fut pas une émotion esthétique : j’avais vu des églises beaucoup plus belles à Tallin. Les chants que j’entendais – la musique est si importante pour moi – n’avaient rien de particulier.

Ce ne fut pas une émotion, je n’étais pas en transe. Dieu m’a donné une lumière intérieure très profonde, et une clarté ineffable qui m’ont accompagnés depuis, avec cette certitude :

- Ici c’est chez moi. Je veux être catholique.

RAÚL UKAREDA (Estonie)

Mon père est mort en 1983. J’avais onze ans, et avec sa mort, le sentiment d’absurdité a grandi dans mon âme, jusqu’à devenir une sensation atroce. Nous naissons, nous vivons, nous mourons : c’est tout. Un sentiment de vide s’était emparé de ma vie, et m’avait complètement submergé, jusqu’aux bords de l’angoisse, où pousse cette branche noire dont Bob Dylan parle dans l’une de ses chansons : I saw a newborn baby…

…with wild wolves all around it /

I saw a high way of diamonds with nobody on it/,

I saw a black branch with blood /

that kept drippin...

Seule la musique me réconfortait, et à dix-sept ans, j’ai été pris comme guitariste dans un groupe de rock très bon ; le groupe était très connu en Estonie. Assez rapidement, ce fut le triomphe, et triompher à dix-huit ans, comme moi, peut être la pire des choses. Ils nous ont même autorisés à jouer en Finlande, en dehors du pays, ce qui était absolument impensable à l’époque !

En Finlande, en plus de jouer, de boire de la vodka et de prendre diverses substances jusqu’à en perdre connaissance, j’ai eu toute une série d’activités dont je ne suis pas particulièrement fier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que « j’ai perdu  la tête ». Je suis entré dans le monde de l’alcool, de la drogue et des filles faciles ; je préfère ne pas trop en parler, parce que personne n’aime se souvenir de son passé criminel.

Malheureusement, comme je l’ai dit, le groupe marchait bien, très bien. Dans les concerts, les filles devenaient hystériques. Pour beaucoup, nous étions « numéro 1 » en Estonie. Ce qui veut dire qu’à vingt ans, je gagnais cinq fois plus que n’importe quel professionnel moyen. On peut facilement imaginer les conséquences.

Nous avons commencé à donner quelques concerts en Russie, et nous sommes mêmes allés jusqu’en Tchétchénie, ou nous avons acheté des voitures volées pour les revendre. C’était une bonne affaire. Jusqu’à ce que nos fournisseurs, un jour, nous demandent de leur rendre une voiture. Si nous ne le faisons pas – disaient-ils – ils tueraient quelqu’un de notre famille. Et manifestement, ils ne disaient pas cela en blaguant.

Nous avons engagé des gardes du corps, pour nous protéger, mais les choses se sont compliquées. Alors que nous étions en plein concert, la police est intervenue. J’ai réussi à m’enfuir, et je me suis réfugié dans la maison de ma tante, en Estonie, sans dire à personne où je me trouvais, pas même à ma copine. Les autres ont été arrêtés.

J’ai passé plusieurs mois enfermé, sans sortir, sans parler au téléphone, sans même oser me mettre à la fenêtre. Cela me rendait fou, mais je savais que s’ils me trouvaient, je finirais en prison.

« Combien de marche faut-il descendre pour toucher le fond ? » Question posée par un personnage d’un film. « L’enfer n’a pas de fond », lui répond son interlocuteur. Eh bien, ce n’est pas vrai : l’enfer a un fond, et tu descends, tu descends, jusqu’à ce que tu arrives à la rupture, et que tu n’en peux plus avec ta tristesse et ton désespoir. « Si je continue comme ça – pensais-je – je vais devenir fou ». Je n’en pouvais plus de me cacher à longueur de journée, et une nuit, j’ai eu la même sensation que celle que j’avais eue lorsque je tombais de l’arbre.

« Qu’est-ce que je suis en train de faire de ma vie ? » me suis-je demandé.

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Le bal après la tempête