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Contes de Noël (Tome 3)

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Contes de Noël (Tome 3)
Extraits des contes de Noëls que nous publions dans le livre Contes de Noël (Tome 3). Contes écrits par Marie Colmont, Arthur Mangin, Léon Tolstoï, Robertine Barry, Alfred Besse de Larzes, et auteurs inconnus !

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contes de Noël (Tome 3)

Contes de Noël (Tome 3)

Ecrits par Marie Colmont, Arthur Mangin, Léon Tolstoï,  Robertine Barry,  Alfred Besse de Larzes, et d'autres auteurs inconnus

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Michka mon petit ours

Marie Colmont

Michka s’en allait dans la neige en tapant des talons.

Il était parti de chez lui ce matin-là, comme le jour commençait de blanchir la fenêtre ; de chez lui, c’est à dire de la maison d’Élisabeth, sa jeune maîtresse, qui était une petite fille impérieuse et maussade.

Lui, c’était un petit ours.

En peluche.

Avec le dessous des pattes en velours rose, deux boutons de bottine à la place des yeux, trois points de laine à la place du nez.

En se réveillant, il s’était senti tout triste et dégoûté. Élisabeth n’était pas gentille ; il lui fallait vingt-cinq joujoux à la fois pour l’amuser et, quand on avait cessé de lui plaire, il n’était pas rare qu’elle vous secouât et vous jetât d’un bout à l’autre de la pièce ; tant pis s’il lui restait une de vos pattes dans la main.

— J’en ai assez d’être un jouet ici, grognait Michka en se frottant les yeux de ses poings. Je suis un ours, après tout ! Je veux aller me promener tout seul et faire un peu ce qui me plaît, sans obéir aux caprices d’une méchante petite fille.

Et bien que la chambre fût tiède et - tant qu’Élisabeth dormait - plaisante, Michka s’était sauvé en passant par la chatière.

Maintenant, il s’en allait dans la neige...

Il levait haut les pattes, l’une après l’autre, et chaque fois qu’il en posait une, cela faisait dans la neige un petit trou rond.

Or depuis bien cinq minutes, un roitelet le suivait. Ces roitelets, c’est farceur ; ça a la queue retroussée et ça sautille par ci, par là, on dirait toujours qu’ils se moquent de vous.

Celui-là faisait « Piou !... Piou !... » dans le dos de Michka et, quand Michka se retournait, vite il se laissait tomber dans un des petits trous ronds que les pattes de Michka avaient faits dans la neige.

— Hm ! disait Michka, j’avais bien cru pourtant entendre...

Et dans son trou, le roitelet mourait de rire….

La nuit de Noël

Arthur Mangin

On était au 24 décembre, c’est-à-dire à la veille de Noël. Il faisait un vilain temps, la neige tombait à gros flocons et couvrait la campagne et les bois ; le vent soufflait âpre et glacial. Dans la chaumière de Laurent le bûcheron, un feu de sarment pétillait et répandait la chaleur et la clarté.

Laurent était pauvre, mais il avait une femme bonne et pieuse, et deux enfants bien gentils : Joseph, âgé de six ans, et Annette, qui n’en avait que trois. Laurent lui-même était un homme honnête et laborieux, qui chérissait sa femme et ses enfants, et travaillait de son mieux pour leur gagner du pain ; mais il relevait à peine d’une longue et dangereuse maladie ; les petites ressources de la famille avaient été épuisées ; l’hiver, qui fait tant souffrir les pauvres, était rude ; et Laurent voyait approcher le moment où sa femme et ses enfants manqueraient de pain.

Ce soir-là le pauvre père, faible encore et fatigué, dormait depuis une heure environ ; Élisabeth, sa femme, était assise près du foyer, tenant sa fille sur ses genoux et ayant son fils debout à côté d’elle ; les deux enfants venaient de dire leur prière du soir, et leur mère les embrassait, car Joseph et Annette étaient doux et dociles, et ne chagrinaient jamais leurs parents par de la méchanceté ou de la désobéissance.

« Et maintenant, mes petits enfants, leur dit la bonne mère ; maintenant que vous avez bien prié le bon Dieu de vous garder, vous allez vous coucher, car voilà qu’il se fait tard.

— Oui, maman, fit Joseph ; mais écoute : tu disais tout à l’heure que c’est aujourd’hui la veille de Noël : est-ce cette nuit, pendant que nous dormirons, que l’enfant Jésus viendra nous apporter quelque chose pour nous récompenser d’avoir été sages ?

— Et à moi aussi ? s’écria la petite Annette.

— Bien sûr, et à toi aussi, dit Joseph : n’est-ce pas, maman ? »

La pauvre mère était bien embarrassée ; elle n’avait rien à donner à ses enfants, car le peu d’argent qu’elle avait économisé avait été dépensé pendant la maladie de son mari ; il en restait à peine pour la chétive nourriture de quelques jours. Les yeux d’Élisabeth se remplirent de larmes.

« Mes chers enfants, leur dit-elle, si l’enfant Jésus vient rendre la sauté à votre père, il vous aura fait le plus beau de tous les présents ; et vous devrez l’en remercier de tout votre cœur, et ne pas demander autre chose.

— Oh ! oui, maman, oui ! » s’écria Joseph ; et il joignit ses petites mains, et il répéta encore ces mots de sa prière : « Mon Dieu, mon doux Jésus, donnez la santé à mon père ! »

En ce moment, de petits coups frappés à la porte de la chaumière se firent entendre en même temps que la voix plaintive d’un enfant qui disait du dehors : « Ouvrez ! Ouvrez pour l’amour de Dieu ! »

Élisabeth posa sa fille à terre, et, suivie de ses deux enfants qui la tenaient par son jupon, elle courut sans hésiter vers la porte. Cette voix qui appelait était peut- être celle d’un être souffrant que Dieu lui défendait de laisser dans la peine.

Quand elle eut ouvert la porte, elle vit devant elle un petit garçon de l’âge et de la taille de Joseph : il était beau comme un ange, mais ses membres délicats étaient à peine vêtus ; sa jolie figure était baignée de larmes ; il tremblait de froid, et le givre et la neige couvraient ses cheveux blonds.

« Ayez pitié de moi, bonne dame, dit-il, et laissez-moi entrer chez vous. »

Élisabeth, pour toute réponse, le prit par la main, et, après avoir fermé la porte, elle attira l’enfant auprès du feu.

« Bonté divine ! s’écria-t-elle, d’où viens-tu à cette heure, tout seul ainsi, mon pauvre enfant ? T’es-tu égaré ? — où sont tes parents ?

— Je n’en ai pas, répondit le petit garçon ; j’ai été élevé par une bonne vieille femme ; ce matin je l’ai trouvée morte dans son lit. Alors j’ai été bien effrayé, et je me suis sauvé. J’ai marché toute la journée dans les bois ; je n’ai rien mangé, j’avais froid ; et, quand la nuit est venue, j’ai eu peur des loups. Je suis las et j’ai grand’faim.

— Eh bien, tu vas manger et te reposer, » lui dit Élisabeth, émue de pitié ; et elle réchauffa devant le feu les mains engourdies de l’enfant, sécha et lissa ses cheveux. Joseph et Annette aussi s’empressèrent autour de lui ; le premier lui apporta du pain, et la seconde lui donna une pomme avec laquelle elle avait joué une partie de la soirée.

Le Noël de papa Panov

Léon Tolstoï

C’était la veille de Noël.

Le soir tombait ; les lumières étaient déjà allumées dans les magasins et les maisons du petit village russe. Les familles étaient réunies dans les salons et le bruit étouffé des rires et des bavardages passait à travers les volets clos. Le vieux Papa Panov, cordonnier du village, n’avait guère le temps de lire, mais ce soir-là, il sortit la vieille Bible du placard et relut l’histoire de Noël en suivant les lignes du bout de son index.

« Oh, mon Dieu ! Comme j’aurais aimé être là ! s’écria Papa Panov. Je lui aurais donné mon lit et j’aurais couvert le bébé de mon plus bel édredon pour qu’il ait bien chaud ! » Papa Panov continua sa lecture. Il lut l’histoire des Rois Mages qui vinrent saluer l’enfant et lui apporter de splendides cadeaux.

À ce moment-là, Papa Panov soupira.

« Je n’ai aucun cadeau digne de l’enfant », pensa-t-il tristement.

Puis son visage s’éclaira. Il posa la Bible, se leva et tendit les bras vers une étagère accrochée au mur de sa chambre. Il y prit une petite boîte poussiéreuse et l’ouvrit. À l’intérieur se trouvait une merveilleuse paire de minuscules chaussures de cuir. C’étaient les chaussures les plus parfaites qu’il eût jamais faites. « Je lui aurais donné ceci ! » décida-t-il. Puis il rangea les chaussures et reprit place dans son grand fauteuil.

Papa Panov rêva. Il rêva que Jésus venait d’entrer dans sa chambre. « Tu aurais souhaité me voir, Papa Panov, lui dit doucement Jésus. Eh bien, je vais venir. Attends-moi demain car je te rendrai visite le jour de Noël ».

Quand il se réveilla, les cloches carillonnaient et un rayon de lumière passait à travers les volets fermés.

« Seigneur Dieu ! s’écria Papa Panov. C’est le matin de noël ! »

Il se leva et s’étira car il se sentait un peu engourdi après toute cette nuit passée dans son fauteuil. Puis il se souvint de son mystérieux rêve. Jésus devait lui rendre visite aujourd’hui. Mais quand viendrait-il ? ...

La vieille au trésor

Auteur inconnu

La vieille Rosalie ? Je l’ai très bien connue dans ma petite enfance. Elle habitait, rue du Lait battu, la dernière maison, celle dont le pignon regardait les champs en pente vers l’Escaut.

Rosalie faisait pitié à voir. Elle marchait toute courbée, même quand elle ne portait pas sur son dos un fagot de bois mort ou un sac de chiffons ramassés. Elle avait toujours l’air de chercher, dans le sable ou sur les pavés, un objet perdu.

Les gamins les plus méchants n’osaient la railler. Elle était malheureuse ; mais courageuse aussi, et quand on lui criait : « Bonjour - ou bonsoir, - Rosalie ! » elle faisait un effort pour relever la tête et saluer benoîtement.

Rosalie était une brave femme. Elle avait servi longtemps dans les fermes comme sarcleuse. Maintenant elle ne pouvait plus guère travailler, mais elle avait besoin de si peu pour vivre. À son retour de la messe de six heures, elle se versait un bol de café et y trempait sa tartine de pain de seigle ; à midi, quelques pommes de terre, avec une tranche de lard ou un hareng, lui suffisaient, et le soir les restes réchauffés du repas de midi.

Sa cabane était la plus basse du village, mais propre, au dehors et au dedans. Rosalie était-elle pauvre ? Tout le monde le croyait...

Eh bien, non ! Elle n’était point pauvre. Dans le bahut de sa petite cuisine, derrière la salière, le pot à moutarde, le flacon de vinaigre, le moulin à café et une rangée de pots d’onguents, elle dissimulait un autre pot soigneusement couvert d’une vessie de porc tendue comme une peau, de tambour et liée par une triple ficelle. Et ce pot-là était plein d’or.

Personne ne le savait, et nous ne le saurions pas davantage si, après les événements que vous allez apprendre, elle ne l’avait révélé elle-même.

D’où provenait ce trésor ?

Orpheline de très bonne heure, élevée chez des Religieuses, Rosalie avait été mise en service, dès l’âge de seize ans, chez une comtesse presque centenaire et très maniaque, dont le château se délabrait dans un grand bois au bord du fleuve. Avant de mourir, sa maîtresse lui avait remis un pot de grès en lui disant : « Voilà pour te récompenser de tes bons offices. Ce pot est plein de pièces d’or. N’y puise pas, tant que tu n’es pas dans le besoin. »

Plus tard, Rosalie s’était mariée. Mais son mari était un ivrogne, et elle ne lui révéla pas l’existence du trésor. Devenue veuve, elle n’avait jamais pu se résigner à employer ces pièces qu’elle avait plus d’une fois comptées, le soir, dans son tablier. Elle avait eu faim certains jours, elle avait été malade. Mais le respect superstitieux de cet or s’était changé peu à peu en une inconsciente avarice. Elle n’osait plus même toucher aux pièces ; elle se contentait de soupeser le pot qu’elle tenait dans ses mains prudentes, comme un ciboire….

Les deux sapins de la Saint Aurélie

Le soir de Noël, un enfant pauvre allait de porte en porte, il frappait et disait :

« Voulez-vous mes deux petits sapins ? Vous y attacherez des boules d’or et des étoiles de papier… C’est bien amusant pour les enfants… »

Mais à chaque maison, les gens lui répondaient :

« Il est trop tard, il y a longtemps que les arbres de Noël sont achetés !... Passe l’an prochain ! »

Et l’enfant se désespérait, car il n’y avait pas de pain chez lui. Son père était très vieux, sa mère malade, et les deux autres enfants au berceau. Après bien des demandes et bien des réponses indifférentes ou dures, il se trouva devant la maison d’Eidel le jardinier. A-t-on jamais eu l’idée de vendre des sapins à l’homme dont c’est le métier de les faire pousser ? Le pauvre innocent frappa et la grosse voix d’Eidel lui répondit :

« Qui frappe à pareille heure ? » L’enfant n’osa répondre.

« Mais qui frappe chez moi quand je veux être en paix ? » reprit Eidel et ses sabots claquèrent sur le plancher. Il ouvrit sa grande porte, et l’humble quémandeur aperçut un arbre magnifique, tout rutilant, tout chargé de richesses et qui jeta sa vive lueur jusque dans la rue déserte. Et trois enfants assis près d’un bon feu regardaient au foyer la dinde de Noël qui cuisait dans son jus.

« Qu’est-ce que tu veux, petit ? demanda Eidel, tu as l’air d’un béjaune avec tes deux sapinots rabougris ! » L’enfant se tenait tout triste parce qu’il comprenait que sa dernière espérance s’était envolée

Le froid entre chez moi, reprit le jardinier. Parle vite ou je te ferme la porte au nez !

C’était un homme qui avait le ton bourru. Autant dire qu’il était bon. Il regarda le déshérité qui avait l’âge de ses enfants, et qui, pieds nus dans la neige, n’osait même pas lever les yeux. Il parla d’une voix radoucie.

« Que veux-tu ? Je te donnerai suivant mon possible… »

« Vendre mes deux sapins, pour Noël… mais le vôtre est bien plus beau ! »

« N’importe ! dit Eidel. Donne-les moi ! »

Et il alla quérir une pièce d’or qu’il gardait en réserve dans un tiroir. Ce que voyant, le pauvre petit ne pouvait en croire ses yeux, et pensait que l’homme se moquait de lui.

Mais les enfants lui donnèrent chacun une cuisse de la dinde, et la mère, dans un bol, une part de bonne soupe chaude, et le chien aussi fut aimable pour lui et lécha bonnement ses mains rougies par le froid. Alors, il osa croire à sa joie, il remercia du mieux qu’il put et rentra chez lui, heureux comme une alouette au printemps...

Une étoile de rien du tout

Comme Noël approchait, il fallait que chacun soit propre.

— Faites-vous belles ! Cria la plus grande étoile de la Petite Ourse. Faites-vous belles, car cela va être Noël. Et tous les humains regardent alors le ciel. 

— À quoi bon : il y a toujours des nuages qui nous cachent, Ourse, dit une petite étoile qui se trouvait à l’horizon. 

— Est-ce que je t’ai demandé ton avis, paresseuse ? La petite étoile se tut et se mit à faire son grand nettoyage. Les étoiles se lavent exactement comme les chats. Avec leurs langues - de feu ! - elles se lèchent jusqu’à ce que toutes les poussières aient disparu. 

— Je veux vous voir briller autant que l’or et l’argent réunis ! Ordonna la grande étoile. Une comète paradait dans sa robe à queue scintillante. 

— Ce n’est pas tous les jours Noël, pas vrai ? dit-elle. 

Mais elle était très contente de pouvoir à nouveau porter ses longs voiles argentés. Les Gémeaux s’astiquaient l’un l’autre. Une vieille étoile géante, toute rouge, faisait faire sa toilette par une bande de petites étoiles. 

— Pas tant de bruit là-bas ! Cria la grande étoile. Noël est un moment de calme. 

Une étoile se tenait à l’extrême gauche du firmament. Elle y était déjà depuis des milliers d’années. Mais elle était si minuscule que même les savants de la terre ne l’avaient pas encore découverte. Elle vit tout ce remue-ménage et voulut y participer. 

— Est-ce que je dois aussi me laver, Ourse ? 

Mais sa voix était si petite que même l’étoile la plus proche ne l’entendit pas. Et puis, chacun avait tant à faire que personne ne fit attention à cette étoile de rien du tout, à gauche dans le ciel. C’est alors que, partout, les cloches se mirent à sonner et que les humains se mirent en route vers les églises et les tables de fête. Et ils regardèrent les étoiles qui brillaient comme elles ne brillent qu’à Noël. 

— Regarde, papa. Des millions d’étoiles ! Sur terre, les enfants pointaient leur doigt vers elles. Regarde comme elles brillent fort. Voilà la Grande et la Petite Ourse, et là, et là,... 

Ils montraient les étoiles. Personne ne voyait la plus petite, tout à gauche des autres….

L’enfant au potier

La campagne était toute de neige autour du bourg de Bethléem, et les cubes blancs des maisons prenaient des teintes laiteuses parmi cette surnaturelle pureté. 

Le ciel bombait au-dessus, comme un grand bocal d’un bleu pâle et translucide. Il y avait dans l’air une joie paisible comme si des anges venaient d’y passer. 

À la vérité, des anges l’avaient traversé la nuit précédente. Jésus étant né, cette nuit-là, dans une grotte des environs, ils avaient chanté, devant un groupe de bergers d’abord, au-dessus de la grotte ensuite, un beau chœur à plusieurs voix dont le refrain est demeuré célèbre : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté. « 

La nouvelle du miracle s’était répandue dans les maisons du bourg, et circulait sous le manteau, accueillie ici avec joie, là par des haussements d’épaules. 

La fin de la classe du matin venait de lâcher les enfants dans les rues. Sur la placette, autour de la fontaine, beaucoup s’attardaient à bavarder, en petits groupes mystérieux et animés. La glissoire en pente luisait comme un marbre sombre, délaissée. 

— Bien sûr que c’est vrai ! dit un gamin dont les yeux noirs étincelaient d’enthousiasme. Le père de Lévi doit le savoir, je suppose, puisqu’il y était ! 

— Mon père ne veut pas y croire, répliqua sans conviction un enfant mieux vêtu que les autres. Mon père est savant. Il doit avoir ses raisons. Mais j’aimerais mieux que ce soit vrai. 

— Tiens ! intervint un troisième, pourquoi ne serait-ce pas vrai ? Ils étaient huit à aller à la grotte cette nuit, et tous racontent la même chose. Ils ont vu un ange, je vous dis, ils ont entendu le chant, ils ont vu l’Enfant et sa Mère. 

— Mon père prétend que le Messie sera un Roi, objecta un autre. Alors, cet enfant pauvre ?... 

— Oui, mais ces anges ? Est-ce qu’ils viennent chanter autour de notre maison, quand nous recevons un petit frère ou une petite sœur ? 

— Mais... si on allait voir ? proposa quelqu’un. Je connais la grotte. 

— Moi aussi, je la connais.

— Moi aussi ! 

— Nous y avons joué l’été dernier, tu te rappelles, Ruben ? 

— Allons-y ! Allons-y ! 

— Chut ! il ne faut pas que nos parents le sachent... On n’a pas le temps maintenant. I1 est presque midi. Et à une heure sonne la cloche de l’école. 

— On ira après la classe, à trois heures ! D’accord ? Mais... le secret, hein ! 

— Va-t-on se rassembler ici ? 

— Oui, mais nous partirons ensuite en petits groupes, glissant et jouant, et pas par les mêmes rues. Nous nous réunirons sur la route d’Engaddi. 

Élie, le fils du potier, n’était pas du nombre des conspirateurs. 

— Vous savez bien que maman est malade. Je ne puis m’absenter si longtemps. 

Et, montrant sa cruche : 

— Je dois aller acheter du sirop pour adoucir le lait battu. D’ailleurs, dans une heure il fera sombre. Et mon père ne veut pas que je cours la rue le soir. 

— Voyons, Élie ! Ta mère attendra bien un peu. Nous serons de retour avant une heure. Tu diras... 

— Fi ! interrompit Élie en les écartant. Je ne veux pas mentir. Je ne veux pas être désobéissant. 

Et il s’en alla. Ses compagnons le suivirent du regard, à la fois étonnés et un peu dépités….

Un sourire qui vaut de l’or

Il était une fois un vieux berger qui aimait la nuit, son silence, son ciel parsemé d’étoiles. Ces étoiles, il les connaissait par leur nom. En les regardant, il disait souvent à son petit fils : 

« Il va venir. » 

— Quand viendra-t-il ? demandait l’enfant. 

— Bientôt ! 

Les autres bergers riaient. 

« Bientôt ! ... Tu répètes cela depuis des années ! » 

Mais le vieux berger ne les écoutait pas. Une seule chose l’inquiétait, son petit-fils aussi commençait à douter. 

Et quand lui ne serait plus là, qui donc redirait aux plus jeunes ce que les prophètes avaient annoncé depuis toujours ? Ah ! S’il pouvait venir bientôt ! Son cœur était tout rempli de cette attente. 

« Portera-t-il une couronne en or ? Demanda soudain le petit-fils. 

— Oui ! Certainement. 

— Et une épée d’argent ? 

— Pour sûr ! 

— Et un manteau de pourpre ? 

— Peut-être. » 

Et le petit-fils semblait heureux. 

Assis sur un rocher, le garçon jouait de la flûte. Le vieux berger écoutait attentivement la mélodie simple et pure ; l’enfant s’exerçait jour après jour, matin et soir pour être prêt quand le roi viendrait. 

« Serais-tu prêt à jouer pour un roi sans couronne, sans épée et sans manteau de pourpre ? » demanda un jour le berger. 

« Ah non ! » répondit son petit-fils….

Nuit de Noël

II était une fois deux enfants, une sœur et un frère. C’était des enfants très sages et obéissants. Ils en étaient presque un peu fiers. Ils aimaient bien jouer avec leurs camarades, mais encore plus entre eux deux. 

Un jour, - c’était la veille de Noël -, ils décidèrent de partir tout seuls fêter Noël au ciel, avec les anges et avec Jésus. 

Ils se mirent en route de bon matin, car ils pensaient bien que le chemin serait assez long. Ainsi ils marchèrent et marchèrent à travers les paysages, en direction du soleil levant. 

Soudain ils entendirent au loin le grondement d’un torrent et se trouvèrent bientôt au bord d’un profond ravin longé de vertigineuses falaises. Prudemment ils s’approchèrent du bord. Comment faire pour traverser ? Alors ils aperçurent un pont, rectiligne comme une règle et tout aussi étroit, qui réunissait les deux bords. Oseraient-ils la traversée ? Cela parut de la folie. 

Mais voilà : ce pont s’appelait « le pont du mensonge ». Celui qui n’avait jamais menti de sa vie pouvait l’emprunter sans danger. Les deux enfants se regardèrent et dirent d’un commun accord : « Nous n’avons jamais menti de notre vie, allons-y. » Un peu tremblants ils s’y engagèrent, un pied devant l’autre, et encore un pied devant l’autre, et ainsi de suite, et ils gagnèrent le bord opposé. 

Un peu fatigués, ils continuèrent leur route. Au bout d’un certain temps ils entendirent de lointains rugissements. Malgré leur frayeur ils avancèrent. Les rugissements enflèrent, cela ressemblait bien à des rugissements de lions, mais ils ne purent rien voir, car le paysage était sauvage : des fourrés et des buissons épineux s’étendaient à perte de vue. Brusquement ils virent quelque chose de jaune doré bouger à travers les branches. Ils s’arrêtèrent net : c’était bien deux lions, un à droite et l’autre à gauche du sentier. Que faire ? Rebrousser chemin ?...

L’étoile de Noël

Il y a très longtemps, dans un village perdu au creux d’une vallée, vivait un homme si méchant et si dur que les enfants du village l’avaient surnommé « Cœur de pierre ». Sa maison était la dernière du village et ses volets étaient toujours clos. Quand l’hiver arrivait, il passait ses journées à compter l’argent que ses récoltes lui avaient rapporté. Seule une bougie éclairait ses pièces d’or ; le reste de la maison était plongé dans l’obscurité. Tout le monde fuyait « Cœur de pierre ». Les oiseaux ne chantaient jamais au-dessus de sa maison. Même la neige semblait hésiter à déposer ses blancs flocons.

La veille de Noël arriva. Au village, toutes les rues étaient illuminées. Le soir, malgré la neige et le froid, les enfants voulurent aider leurs parents à décorer le grand sapin qui trônait sur la place. Ils attendaient avec impatience le moment où ils verraient l’étoile scintiller au sommet de l’arbre. Soudain, l’étoile fut là, belle et lumineuse. « Oh ! dirent les enfants, que c’est beau ! « Les façades des maisons se mirent à briller. Les cinq branches de l’étoile s’étiraient pour rayonner davantage encore, tant et tant que leurs rayons se faufilèrent entre les volets de la maison de « Cœur de pierre ». Ébloui, il hurla : « Mais que se passe-t-il donc ? » La lumière éclairait ses murs gris. « Mon Dieu, que ma maison est triste ! » , se dit-il.

« Cœur de pierre » s’aperçut alors que personne n’y venait jamais et que son argent ne lui servait à rien. Il se mit à pleurer. Cela ne lui était jamais arrivé. À ce moment-là, il entendit des pas dehors. Guidés par l’étoile, les enfants venaient le voir, un peu inquiets. Lorsqu’ils poussèrent la porte de sa maison, ils découvrirent des larmes dans les yeux de celui qu’ils appelaient « Cœur de pierre ».

L’homme avait levé la tête. Il lui semblait que c’était la première fois qu’il voyait ces enfants. Il les invita à entrer. Alors, l’étoile se retira doucement pour aller éclairer d’autres maisons tristes.

Mais l’homme garda en lui cette lumière. Le lendemain matin, tous les gens du village trouvèrent une pièce d’or devant leur porte. Et quand l’homme revint chez lui, il entendit les oiseaux qui chantaient pour lui au-dessus de sa maison.

La première veille de Noël

Robertine BARRY

La sombre nuit étendait encore ses voiles sur la ville aux sept collines, la maîtresse du monde civilisé, la belle, la grande, la majestueuse Rome.

Le roulement des chariots allait s’affaiblissant dans l’espace et le bruit des sandales ne résonnait plus sous les portiques de marbre du Forum quand, sur la terrasse d’un palais des Césars, parut une jeune fille. Elle était revêtue de la blanche tunique de lin, à sa taille une ceinture de couleur pourpre : svelte et gracieuse cette jeune fille, au visage d’un ovale si parfait, aux yeux comme les anges doivent les aimer.

Elle vint s’appuyer sur une des colonnettes de porphyre, dont la balustrade était garnie, et fixa longuement son regard mélancolique sur les étoiles sans nombre qui scintillaient au-dessus de sa tête.

Son œil devint humide, son sein ému se gonfla de soupirs et, de ses lèvres entrouvertes, semblables à une grenade mûrissante, elle exhala les plaintes qui remplissaient son âme :

« Oh ! dites-moi, petits oiseaux dorés des cieux, si vous avez une voix : dites-moi, pourquoi sommes-nous, pauvres femmes, condamnées à courber le front sous le joug que font peser sur nous, avec tant de dureté, ceux qui se disent nos maîtres ? La justice est-elle sourde aussi bien qu’aveugle ? Sourde à nos gémissements quand nous cherchons en vain à secouer cette tyrannie qui nous oppresse ?

« Pourquoi fait-on si souvent de la compagne de l’homme, de celle qui devrait être l’appui, le soutien, la consolatrice de sa vie, son esclave la plus vile ? La mère de ces puissants seigneurs, de ces fiers potentats, de ces vaillants guerriers doit-elle être achetée et vendue comme les bêtes de l’amphithéâtre ?

« Et parce que nous, femmes romaines, ne sommes plus gardées en troupeaux comme nos sœurs d’outre-mer, en sommes-nous beaucoup plus heureuses ?

« Et, pourtant, n’avons-nous pas des cœurs pour aimer ? dites, ne sont-ils pas sympathiques, aimants, et fidèles ? ne souffrent-ils pas avec ceux qui souffrent ?

« N’avons-nous pas aussi nos aspirations vers ce qui est noble et grand, et croit-on nos âmes sans force et sans courage parce que nos bras sont faibles ?

« Mais, qu’importe à ces orgueilleux despotes que nous servions de jouet à leurs passions inconstantes, caressées aujourd’hui, délaissées demain... Ah ! non, le destin ne saurait être si cruel, oh ! dites-le-moi, petits oiseaux dorés du ciel, si vous pouvez parler ! »

Elle écoutait encore, la jeune fille, quand, soudain, de l’Orient, une étoile lumineuse, brillante comme un météore, vint resplendir à ses yeux éblouis et sembla lui parler à travers l’espace un langage mystérieux que l’âme saisit plutôt que les oreilles ne l’entendent :

« Pourquoi pleurer, ô jeune fille, quand la première aube doit précéder le jour du triomphe ? Un vaillant champion, le défenseur de tes droits, régénérateur de ta race, naîtra cette nuit et son avènement te trouverait tout en pleurs ?...

Fleurs de Noël

J’ai trouvé, dans les murs d’un pauvre monastère,

Un parchemin poudreux et dix fois centenaire ;

En gothique azuré le vélin est écrit. –

Voici ce que j’ai lu dans le vieux manuscrit :

 

Dans une grotte sombre, où de la stalagmite

Rayonnent les cristaux, vivait un saint Ermite.

Comme autrefois Jésus descendu parmi nous

Pour bénir et sauver les peuples à genoux,

D’un mot aux pauvres gens, il charmait leur souffrance ;

Comme on sème des fleurs, il semait l’espérance ;

Rien qu’à le voir sourire on était consolé ;

Il parlait, et le ciel s’entrouvrait dévoilé ;

Il étendait les mains, tout devenait lumière ;

Il tombait à genoux, tout devenait prière ;

Il touchait le malade... et le mal s’enfuyait ;

Il regardait l’aveugle... et l’aveugle voyait. –

Et le souffle de Dieu voltigeait dans l’espace,

Et le peuple disait : Voilà le saint qui passe !

...

Contes de Noël