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Contes de Noël (Tome 1)

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Contes de Noël (Tome 1)
Présentations des contes de Noël que nous publions dans le 1er tome : écrits par Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, Hans Christian Andersen, François Coppée, Henry van Dyke, Charles DICKENS, Laure ROEHRICH. Ebook au format epub

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contes de Noël (tome 1)

Contes de Noël (Tome 1)

Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, Hans Christian Andersen, François Coppée, Henry van Dyke, Charles DICKENS, Laure ROEHRICH

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Les 3 messes basses

Alphonse Daudet, Les lettres de mon moulin

— Deux dindes truffées, Garrigou ?…

— Oui, mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées de truffes. J'en sais quelque chose, puisque c'est moi qui ai aidé à les remplir. On aurait dit que leur peau allait craquer en rôtissant, tellement elle était tendue…

— Jésus-Maria ! moi qui aime tant les truffes !… Donne-moi vite mon surplis, Garrigou… Et avec les dindes, qu'est-ce que tu as encore aperçu à la cuisine ?…

— Oh ! toutes sortes de bonnes choses… Depuis midi nous n'avons fait que plumer des faisans, des huppes, des gelinottes, des coqs de bruyère. La plume en volait partout… Puis de l'étang on a apporté des anguilles, des carpes dorées, des truites, des…

— Grosses comment, les truites, Garrigou ?

— Grosses comme ça, mon révérend… Énormes !…

— Oh ! Dieu ! il me semble que je les vois… As-tu mis le vin dans les burettes ?

— Oui, mon révérend, j'ai mis le vin dans les burettes… Mais dame ! il ne vaut pas celui que vous boirez tout à l'heure en sortant de la messe de minuit. Si vous voyiez cela dans la salle à manger du château, toutes ces carafes qui flambent pleines de vins de toutes les couleurs… Et la vaisselle d'argent, les surtouts ciselés, les fleurs, les candélabres !… Jamais il ne se sera vu un réveillon pareil. Monsieur le marquis a invité tous les seigneurs du voisinage. Vous serez au moins quarante à table, sans compter le bailli ni le tabellion… Ah ! vous êtes bien heureux d'en être, mon révérend !… Rien que d'avoir flairé ces belles dindes, l'odeur des truffes me suit partout… Meuh !…

— Allons, allons, mon enfant. Gardons-nous du péché de gourmandise, surtout la nuit de la Nativité… Va bien vite allumer les cierges et sonner le premier coup de la messe ; car voilà que minuit est proche, et il ne faut pas nous mettre en retard…

Cette conversation se tenait une nuit de Noël de l'an de grâce mil six cent et tant, entre le révérend dom Balaguère, ancien prieur des Barnabites, présentement chapelain gagé des sires de Trinquelage, et son petit clerc Garrigou, ou du moins ce qu'il croyait être le petit clerc Garrigou, car vous saurez que le diable, ce soir-là, avait pris la face ronde et les traits indécis du jeune sacristain pour mieux induire le révérend père en tentation et lui faire commettre un épouvantable péché de gourmandise. Donc, pendant que le soi-disant Garrigou (hum ! hum !) faisait à tour de bras carillonner les cloches de la chapelle seigneuriale. Le révérend achevait de revêtir sa chasuble dans la petite sacristie du château ; et, l'esprit déjà troublé par toutes ces descriptions gastronomiques, il se répétait à lui-même en s'habillant :

— Des dindes rôties… des carpes dorées… des truites grosses comme ça !…

Un conte de Noël

Guy de Maupassant

Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix : « Un souvenir de Noël ?... Un souvenir de Noël ?... »

Et tout à coup, il s'écria :

- Mais si, j'en ai un, et un bien étrange encore ; c'est une histoire fantastique. J'ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël.

Cela vous étonne de m'entendre parler ainsi, moi qui ne crois guère à rien. Et pourtant j'ai vu un miracle ! Je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s'appelle vu.

En ai-je été fort surpris ? non pas ; car si je ne crois point à vos croyances, je crois à la foi, et je sais qu'elle transporte les montagnes. Je pourrais citer bien des exemples ; mais je vous indignerais et je m'exposerais aussi à amoindrir l'effet de mon histoire.

Je vous avouerai d'abord que si je n'ai pas été fort convaincu et converti par ce que j'ai vu, j'ai été du moins fort ému, et je vais tâcher de vous dire la chose naïvement, comme si j'avais une crédulité d'Auvergnat.

J'étais alors médecin de campagne, habitant le bourg de Rolleville, en pleine Normandie.

L'hiver, cette année-là, fut terrible. Dès la fin de novembre, les neiges arrivèrent après une semaine de gelées. On voyait de loin les gros nuages venir du nord ; et la blanche descente des flocons commença.

En une nuit, toute la plaine fut ensevelie.

Les fermes, isolées dans leurs cours carrées, derrière leurs rideaux de grands arbres poudrés de frimas, semblaient s'endormir sous l'accumulation de cette mousse épaisse et légère.

Aucun bruit ne traversait plus la campagne immobile. Seuls les corbeaux, par bandes, décrivaient de longs festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement, s'abattant tous ensemble sur les champs livides et piquant la neige de leurs grands becs.

On n'entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussière tombant toujours.

Cela dura huit jours pleins, puis l'avalanche s'arrêta. La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq pieds.

Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel clair, comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout semé d'étoiles qu'on aurait crues de givre, tant le vaste espace était rigoureux, s'étendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges.

La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus : seules les cheminées des chaumières en chemise blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l'air glacial.

De temps en temps on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent brisés sous l'écorce ; et, parfois, une grosse branche se détachait et tombait, l'invincible gelée pétrifiant la sève et cassant les fibres.

Les habitations semées çà et là par les champs semblaient éloignées de cent lieues les unes des autres. On vivait comme on pouvait. Seul, j'essayais d'aller voir mes clients les plus proches, m'exposant sans cesse à rester enseveli dans quelque creux.

Je m'aperçus bientôt qu'une terreur mystérieuse planait sur le pays. Un tel fléau, pensait-on, n'était point naturel. On prétendit qu'on entendait des voix la nuit, des sifflements aigus, des cris qui passaient.

La petite Fille aux allumettes

Hans Christian Andersen

Comme il faisait froid ! la neige tombait et la nuit n'était pas loin ; c'était le dernier soir de l'année, la veille du jour de l'an. Au milieu de ce froid et de cette obscurité, une pauvre petite fille passa dans la rue, la tête et les pieds nus. Elle avait, il est vrai, des pantoufles en quittant la maison, mais elles ne lui avaient pas servi longtemps : c'étaient de grandes pantoufles que sa mère avait déjà usées, si grandes que la petite les perdit en se pressant de traverser la rue entre deux voitures. L'une fut réellement perdue ; quant à l'autre, un gamin l'emporta avec l'intention d'en faire un berceau pour son petit enfant, quand le ciel lui en donnerait un.

La petite fille cheminait avec ses petits pieds nus, qui étaient rouges et bleus de froid ; elle avait dans son vieux tablier une grande quantité d'allumettes, et elle portait à la main un paquet. C'était pour elle une mauvaise journée ; pas d'acheteurs, donc pas le moindre sou. Elle avait bien faim et bien froid, bien misérable mine. Pauvre petite ! Les flocons de neige tombaient dans ses longs cheveux blonds, si gentiment bouclés autour de son cou ; mais songeait-elle seulement à ses cheveux bouclés ? Les lumières brillaient aux fenêtres, le fumet des rôtis s'exhalait dans la rue ; c'était la veille du jour de l'an : voilà à quoi elle songeait.

Elle s'assit et s'affaissa sur elle-même dans un coin, entre deux maisons. Le froid la saisit de plus en plus, mais elle n'osait pas retourner chez elle : elle rapportait ses allumettes, et pas la plus petite pièce de monnaie. Son père la battrait ; et, du reste, chez elle, est-ce qu'il ne faisait pas froid aussi ? Ils logeaient sous le toit, et le vent soufflait au travers, quoique les plus grandes fentes eussent été bouchées avec de la paille et des chiffons. Ses petites mains étaient presque mortes de froid. Hélas ! qu'une petite allumette leur ferait du bien ! Si elle osait en tirer une seule du paquet, la frotter sur le mur et réchauffer ses doigts ! Elle en tira une : ritch ! comme elle éclata ! comme elle brûla ! C'était une flamme chaude et claire comme une petite chandelle, quand elle la couvrit de sa main. Quelle lumière bizarre ! Il semblait à la petite fille qu'elle était assise devant un grand poêle de fer orné de boules et surmonté d'un couvercle en cuivre luisant....

Les sabots du petit Wolff

Par François Coppée. Le conte est publié la première fois en 1888. François Coppée est un poète français (1842 - 1908)

Il était une fois, – il y a si longtemps que tout le monde a oublié la date, – dans une ville du nord de l'Europe, – dont le nom est si difficile à prononcer que personne ne s'en souvient, – il était une fois un petit garçon de sept ans, nommé Wolff, orphelin de père et de mère, et resté à la charge d'une vieille tante, personne dure et avaricieuse, qui n'embrassait son neveu qu'au Jour de l'An et qui poussait un grand soupir de regret chaque fois qu'elle lui servait une écuellée de soupe.

Mais le pauvre petit était d'un si bon naturel, qu'il aimait tout de même la vieille femme, bien qu'elle lui fit grand peur et qu'il ne pût regarder sans trembler la grosse verrue, ornée de quatre poils gris, qu'elle avait au bout du nez.

Comme la tante de Wolff était connue de toute la ville pour avoir pignon sur rue et de l'or plein un vieux bas de laine, elle n'avait pas osé envoyer son neveu à l'école des pauvres ; mais elle avait tellement chicané, pour obtenir un rabais, avec le magister chez qui le petit Wolff allait en classe, que ce mauvais pédant, vexé d'avoir un élève si mal vêtu et payant si mal, lui infligeait très souvent, et sans justice aucune, l'écriteau dans le dos et le bonnet d'âne, et excitait même contre lui ses camarades, tous fils de bourgeois cossus, qui faisaient de l'orphelin leur souffre-douleur.

Le pauvre mignon était donc malheureux comme les pierres du chemin et se cachait dans tous les coins pour pleurer, quand arrivèrent les fêtes de Noël.

La veille du grand jour, le maître d'école devait conduire tous ses élèves à la messe de minuit et les ramener chez leurs parents.

Or, comme l'hiver était très rigoureux, cette année-là, et comme, depuis plusieurs jours, il était tombé une grande quantité de neige, les écoliers vinrent tous au rendez-vous chaudement empaquetés et emmitouflés, avec bonnets de fourrure enfoncés sur les oreilles, doubles et triples vestes, gants et mitaines de tricot et bonnes grosses bottines à clous et à fortes semelles. Seul, le petit Wolff se présenta grelottant sous ses habits de tous les jours et des dimanches, et n'ayant aux pieds que des chaussons de Strasbourg dans de lourds sabots.

Ses méchants camarades, devant sa triste mine et sa dégaine de paysan, firent sur son compte mille risées ; mais l'orphelin était tellement occupé à souffler sur ses doigts et souffrait tant de ses engelures, qu'il n'y prit pas garde. – Et la bande de gamins, marchant deux par deux, magister en tête, se mit en route pour la paroisse.

Il faisait bon dans l'église, qui était toute resplendissante de cierges allumés ; et les écoliers, excités par la douce chaleur, profitèrent du tapage de l'orgue et des chants pour bavarder à demi-voix. Ils vantaient les réveillons qui les attendaient dans leurs familles. Le fils du bourgmestre avait vu, avant de partir, une oie monstrueuse, que des truffes tachetaient de points noirs comme un léopard. Chez le premier échevin, il y avait un petit sapin dans une caisse, aux branches duquel pendaient des oranges, des sucreries et des polichinelles. Et la cuisinière du tabellion avait attaché derrière son dos, avec une épingle, les deux brides de son bonnet, ce qu'elle ne faisait que dans ses jours d'inspiration, quand elle était sûre de réussir son fameux plat sucré...

Le 4ème Roi Mage

Par Henry van Dyke, publié pour la première fois en 1892, à New York, sous le titre « The Other Wise Man ».

Chacun connaît l'histoire des trois mages venus du lointain Orient pour offrir leurs présents à l'Enfant né dans une étable de Bethléem. Mais peu connaissent l'histoire du quatrième mage, qui lui aussi avait vu l'étoile et s'était aussi mis en route pour la suivre… C'est qu'il n'arriva pas jusqu'à l'enfant Jésus avec ses présents : sa quête dura trente-trois ans et s'acheva d'une étonnante façon. C'est cette histoire que je vais vous conter.

A l'époque où César Auguste régnait sur l'Empire romain et Hérode à Jérusalem, ce mage nommé Artaban vivait à Ecbatane, une cité des montagnes de Perse. Sa maison se trouvait à l'extérieur des sept murailles qui protégeaient le trésor royal. De son toit, il pouvait voir par dessus les sept murs le palais des empereurs Parthes scintillant de mille feux comme un bijou sur une couronne. La maison d'Artaban était entourée d'un beau jardin dont les fleurs et les arbres fruitiers étaient irrigués par une vingtaine de jets d'eau et une multitude d'oiseaux y chantaient joyeusement.

C'est dans cette belle demeure qu'Artaban reçut dans la douceur d'une nuit de septembre neuf de ses amis magiciens, adorateurs comme lui de Zoroastre. Après avoir chanté le bel hymne à Ahura-Mazda, divinité du Bien, autour d'un petit autel d'où s'échappait le parfum des huiles parfumées, Artaban se tourna vers ses amis et leur dit : « Mes amis, fidèles disciples de Zoroastre, vous êtes venus ce soir à mon appel ranimer votre foi autour du feu de cet autel. J'ai quelque chose d'important à vous dire : une nouvelle lumière est venue à moi par le plus antique de tous les signes. Avec mes compagnons mages, Gaspard, Melchior et Balthazar, j'ai vu un nouvel astre briller une nuit puis disparaître. Nous avons étudié le ciel : cette année a lieu une grande conjonction de planètes dans le signe du poisson qui est la maison des Hébreux. Or la prophétie de Balaam, fils de Beor ne dit-elle pas qu'une étoile viendra du pays de Jacob et qu'un sceptre proviendra d'Israël ? Nous pensons que le signe venu du ciel annonce cet évènement. Mes trois frères observent le ciel depuis le temple antique des sept sphères à Babylone et moi-même je l'observe d'ici. Si l'étoile brille à nouveau, j'irai les rejoindre et nous irons ensemble à Jérusalem pour voir et adorer ce Roi d'Israël. Je suis sûr que le signe viendra et je suis prêt pour le voyage. J'ai vendu mes biens et acheté trois bijoux, un saphir, un rubis et une perle. Je les offrirai en hommage au nouveau Roi. »

Tandis qu'il parlait, Artaban sortit d'un repli caché de son vêtement trois magnifiques pierres, l'une bleue comme un fragment du ciel, la seconde plus rouge qu'un lever de soleil, et la troisième plus pure que la neige au sommet d'une montagne.

« Mes amis, venez avec moi pour ce pèlerinage, nous aurons la joie de trouver ensemble ce prince digne d'être servi ! »

Mais les amis portèrent sur Artaban un regard étrange. Ces affirmations étaient incroyables, le projet de voyage irréaliste... « Ton rêve est vain » dit l'un d'eux. « Il serait plus sage d'utiliser cet argent pour le nouveau temple à Chala » dit un autre « Aucun Roi ne sortira jamais de ce peuple vaincu d'Israël » dit un troisième…

Quant aux autres, ils montrèrent aussi peu d'enthousiasme : l'un ne pouvait s'absenter du Palais, retenu par son travail, un autre venait de se marier, un autre encore avait une santé trop fragile pour voyager… Bref, tous quittèrent la maison d'Artaban, le laissant seul avec son rêve...

L’arbre de Noël

Par Charles DICKENS. Publié la première fois en 1853. Traduit de l'anglais par Amédée Pichot (1795-1877)

Je viens de passer la soirée avec une joyeuse compagnie d’enfants réunis autour de ce charmant jouet venu d’Allemagne qu’est un arbre de Noël. Cet arbre, planté au milieu d’une large table ronde et s’élevant au-dessus de leurs têtes, était magnifiquement illuminé par une multitude de petites bougies et tout garni d’objets étincelants. Il y avait des poupées aux joues roses qui se cachaient derrière les feuilles vertes ; il y avait des montres, de vraies montres, ou du moins avec les aiguilles mobiles, de ces montres qu’on peut remonter continuellement ; il y avait de petites tables vernies, de petites chaises, de petits lits, de petites armoires et autres meubles en miniature, fabriqués à Wolverhampton, qui semblaient préparés pour le nouveau ménage d’une fée ; il y avait de petits hommes à la face réjouie, beaucoup plus agréables à voir que bien des hommes réels, – car si vous leur ôtiez la tête, vous les trouviez pleins de dragées ; – il y avait des violons et des tambours ; il y avait des tambourins, des livres, des boîtes à ouvrage, des boîtes de peinture, des boîtes de bonbons, toutes sortes de boîtes ; il y avait, pour les filles aînées de la maison, des bijoux bien plus brillants que des bijoux en or et en diamants des grandes demoiselles ; il y avait des corbeilles et des pelotes à épingles ; il y avait des fusils, des sabres et des drapeaux ; il y avait des sorcières en carton, qui se tenaient par la main pour danser la ronde du sabbat ; il y avait des totons, des sabots, des toupies, des étuis à aiguilles, des essuie-plumes, des flacons de sels, des carnets de bal, des porte-briquets, des fruits naturels artificiellement convertis en fruits d’or, et des imitations de pommes, de poires et de noix, contenant des surprises ; bref, comme le disait tout bas devant moi un charmant enfant à un autre charmant enfant, son meilleur ami : « Il y avait de tout, et plus encore. » En admirant cette collection si variée d’objets de toutes formes qui pendaient à l’arbre comme des fruits magiques et fascinaient les regards de tous ces frais visages, dont quelques-uns pouvaient à peine se mettre au niveau de la table et dont quelques autres exprimaient leur timide étonnement sur le sein d’une jolie mère, d’une jeune tante ou d’une fraîche nourrice, j’éprouvai de nouveau toutes les sensations de ma propre enfance et me laissai aller à l’idée que rien dans la vie réelle ne vaut peut-être les douces illusions de l’âge des arbres de Noël et de tant d’autres arbres enchantés.

Me voici rentré chez moi, seul, l’unique personne du logis qui soit éveillée ; ma rêverie se prolonge ; pourquoi y résisterais-je ? pourquoi ne m’abandonnerais-je pas au charme qui me ramène à mes premières années, à tout ce qui m’a successivement captivé sur les rameaux de l’arbre magique, alors que, chaque hiver, Noël me retrouvait un heureux et crédule enfant ?

Il est là, devant moi, cet arbre qui déploie en liberté son ombre mystérieuse. D’abord, je reconnais mes joujoux : voilà, tout là-haut, parmi les feuilles lustrées et les baies rouges du houx, le culbuteur avec ses mains dans les poches, qui ne voulait jamais se tenir tranquille par terre, mais qui, une fois mis sur le parquet, roulait sur lui-même et ne s’arrêtait enfin que pour fixer sur moi ses yeux de homard, dont j’affectais de rire beaucoup, quoique au fond du cœur je me défiasse de lui. À côté du culbuteur, voici cette tabatière infernale, de laquelle s’élançait un avocat démoniaque, en robe noire et en perruque de crin, ouvrant une large bouche, tirant une langue de drap rouge, et qu’il n’y avait pas moyen de faire rentrer dans sa boîte, car il s’en échappait toujours, la nuit surtout, pendant mes rêves. Tout près encore est la grenouille avec la poix de cordonnier sous les pattes, qui bondissait aussi inopinément et quelquefois allait éteindre la bougie ou retombait sur votre main ; sale bête à la peau verdâtre tachetée de rouge. Sur le même rameau se trouve la dame de carton, en jupe de soie bleue, qu’on faisait danser devant le flambeau, jolie et gracieuse dame... Mais je n’en saurais dire autant du grand pantin qui se pendait contre la muraille et qu’on mettait en mouvement avec une ficelle... il avait une expression sinistre, un nez atroce, et quand il relevait les jambes jusqu’à son cou, il était difficile de rester seul avec lui sans avoir peur.

La petite marchande de sable

Par Laure ROEHRICH, Noëls d’Alsace, recueil de poésies, chants et saynètes, 1922.

(À dire dans un hôpital.)

Il faisait froid, il faisait sombre !
Une enfant lentement dans l’ombre
Se glissait, cherchant au hasard
Un chemin pour son petit char.

Dans la grande ville bruyante
Elle menait toute tremblante
Du sable à vendre, ainsi comptant
Apitoyer les habitants.

Elle aurait, comme à l’ordinaire
Quelques sous pour sa pauvre mère
Qu’un long mal ne pardonnant pas
Retient sur son mauvais grabat....

Un souvenir de Noël

Par Laure ROEHRICH, Noëls d’Alsace, recueil de poésies, chants et saynètes, 1922.

C’était un logis dénudé :
La mère était morte à la peine,
Et le père aigri, dégradé
Nourrissait en son cœur la haine.

Comme il buvait son maigre gain,
Ne rentrant qu’en état d’ivresse,
Les enfants, qu’il privait de pain,
Avaient connu tôt la détresse.

Et l’aîné, Jacques, se mourait
De quelque consomption lente,
Sans un murmure, le pauvret,
Dévoré de fièvre brûlante !

Louise, la plus grande sœur,
Brave petit chef de la troupe
Tricotait, – avec quelle ardeur ! –
Tout en cuisant la maigre soupe.

Les plus jeunes, aux fronts blêmis,
Couchés sur le sol nu, sans planches,
Ayant faim s’étaient endormis,
Rêvant d’anges aux ailes blanches.