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Contes de Noël

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Contes de Noël
Le tome 2 des contes de Noël recueille des contes canadiens tous écrits par Joséphine Dandurand. Pour les découvrir, voici le début des huit histoires rapportées dans ce livre.

Contes de Noël (tome 2)

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Noël au pays

On est à la Noël. Partout dans la campagne, sur la vaste étendue, les longues routes blanches sont constellées. Entre leur bordure verte de sapins, — ces bouées fleuries, guides du voyageur dans la plaine immense et nivelée par l’hiver, — on les voit courir et se croiser à travers les champs combles.

Et c’est comme une procession, ce long cortège de traîneaux venant de toutes parts, s’acheminant tous vers l’église du village.

La rosse qui les tire, indifférente au froid comme à la gravité de l’heure, trotte sans hâte, d’un pas égal et rythmé.

De ses naseaux l’haleine s’échappe en fumée lumineuse ; mais cette ressemblance lointaine avec les coursiers olympiens, dont les narines flamboyantes lancent des éclairs, en est une bien trompeuse cependant, car, voyez la pauvre bête — par exemple la dernière là-bas, avec cette lourde charge — les ardeurs guerrières sont depuis longtemps mortes en sa vieille charpente.

D’un contentement égal elle porte au marché les poches pleines, ou, comme en ce moment, la famille à la messe de minuit.

Le pauvre cheval n’est pas né du printemps.

Cette demi-douzaine de marmots qu’il traîne là, et d’autres encore qu’on a laissés à la maison, s’il ne les a pas vus naître, du moins les a-t-il tous, chacun à son tour, menés à l’église petits infidèles, pour les en ramener petits chrétiens.

L’histoire de ces vieilles bêtes est celle de leur maître.

Jeune et fringant, le bon animal brûla jadis le pavé pour conduire chez « sa blonde » le père d’aujourd’hui. Et, depuis, ils cheminent ensemble dans la vie, se supportant réciproquement, travaillant côte à côte, indispensables l’un à l’autre, se retrouvant toujours aux heures solennelles, aux moments d’urgence, moments où le plus humble des deux devient parfois le principal acteur.

Quand il s’agit, par exemple, de longues courses pressées, l’hiver, par les chemins débordés, au milieu de la « poudrerie » que soulève l’aquilon ; l’automne, quand le pied s’embourbe et se dégage avec peine dans les sentiers boueux, et l’été sur les routes sans ombrage.

Élément obligé des joies de la famille, il conduit aujourd’hui « les enfants » à la messe de minuit ; cette fête unique pour les petits et les simples ; fête mystérieuse où ils retrouvent dans la touchante et poétique allégorie de la Crèche, la reproduction tangible, comme une incarnation des choses vagues et douces, du merveilleux qu’ils voient parfois flotter dans les rêves de leur sommeil paisible ou dans les fantaisies de leur imagination naïve.

Les deux plus jeunes de ces six heureux, enfouis, émus et recueillis, dans le fond du traîneau, y viennent pour la première fois.

Tandis que le père, dès qu’on est arrivé descend le premier et se met en devoir de tirer les petits de l’encombrement des « robes, » le plus grand saute à terre pour jeter la meilleure et la plus chaude peau sur la bête qui fume. Et pendant qu’on l’attache, les mioches, rangés sur le perron de l’église, engoncés, raides comme des mannequins dans leurs gros vêtements « d’étoffe du pays, » regardent et se disent tous bas :

— Pauvre Bidou, il ne verra rien !

Puis on les pousse dans le vestibule, où la main paternelle enlève de leur tête, la « tuque » de laine profondément enfoncée. Les cheveux suivent le mouvement, et demeurent tout droits, hérissés. Qu’importe ! les petits hommes, le cœur serré, ne quittent pas des yeux le chef de famille, prêts à obéir au premier signe. À peine osent-ils passer en hâte leur grosse mitaine au bout de leur nez et sur leurs yeux où le froid a mis des larmes.

À travers la lourde porte on perçoit quelque chose de doux et de troublant, quelque chose d’exquis comme un chant pour endormir les anges. Soudain cette porte s’ouvre toute grande et les marmots extasiés, le regard attaché sur les mille feux de l’autel, avancent inconsciemment, marchent comme dans un rêve, jusqu’à ce qu’on les retienne par leur habit.

Tandis que la foule s’agenouille et s’incline autour d’eux, ils restent debout, sans mouvements, absorbés par la vue de la grotte de sapins, cristallisée de sel, représentant la neige sous laquelle gît, presque nu, le Petit-Jésus tout blanc, tout mignon, tendant les bras en souriant aux fidèles qui l’adorent.

Certes, il ne fait pas chaud dans l’église ; l’haleine y monte comme l’encens, en spirales blanches, vers la voûte noire. Aussi, malgré la présence du bœuf et de l’âne autour de la crèche, les petits gars se disent-ils en eux-mêmes que cela leur semble bien insuffisant. Ils craignent beaucoup que le bon Jésus ne grelotte, aussi légèrement vêtu. Mais il y a là la sainte Vierge toute sereine, presque souriante ; elle s’en apercevrait bien, elle, puisqu’elle est sa maman, n’est-ce pas, s’il avait trop froid.

contes de noel traditionnels

 

Qu’importe ! voilà saint Joseph avec un grand manteau rejeté en arrière et dont il n’a que faire… S’il le lui mettait, ça ne serait pas de trop assurément !

Mais non pourtant… Cela doit être. Il faut que l’adorable Jésus souffre pour les hommes… afin d’expier leurs péchés !

On leur a souvent raconté cela.

Mais pourquoi les vilains hommes ont-ils fait des péchés ?

Leur cœur se soulève, s’emplit soudain d’une grande indignation.

Un violent désir de venger le Petit-Jésus les saisit. Des gros mots — les plus énergiques de leur vocabulaire enfantin — d’éloquentes invectives leur montent aux lèvres pour flétrir les ingrats qui lui font tant de mal.

Ils vont le prendre et l’emporter. Ils vont le mettre dans leur lit — eux coucheront à terre plutôt ! Ils vont le couvrir de tout ce qu’il y a de chaud et de moëlleux dans la maison !… L’on verra bien ensuite si les méchants oseront venir le leur ôter !…

Et les pauvres innocents, navrés, tout frémissants de la tempête qui vient de passer en eux, reniflent tout bas, pris d’une grosse envie de pleurer.

Tout à coup la musique cesse.

C’est comme si une main brusque chassait leur rêve en les réveillant brutalement.

La grotte de sapins s’emplit d’ombres, et au milieu d’un vilain brouhaha, on les entraîne dehors où le vent glacé les soufflette au visage.

Sans un mot ils se laissent tasser, encapuchonner, envelopper dans les fourrures, sentant gronder en eux une sorte de mauvaise humeur rageuse qui se fond bientôt en un immense besoin de dormir.

À la maison on les sort de leur nid comme des sacs de farine — par les deux bouts.

On les déshabille, on les couche sans qu’ils en aient conscience, sans qu’ils prennent même part à ce fameux réveillon dont ils ont vu les apprêts alléchants, et qui devait, dans leur espoir d’hier, couronner si délicieusement la fête.

Leurs nerfs agités se reposent, dans un sommeil de plomb, de la secousse qu’ils ont subie.

Et ce sera demain le débordement des impressions, les emportements, les questions sans nombre, l’adorable histoire enfin des âmes neuves s’ouvrant une première fois à la perception des choses de la vie.

Et, certes, sous quel plus pur et plus chaud rayonnement que celui de la crèche divine ; à quelle plus belle aurore pouvait s’opérer cette fraîche éclosion !

Vive Noël toujours pour les mignons et les innocents !

Hier et demain

Un conte du jour de l’an pour le grand monde.

J’avais comme de coutume suspendu un bas de ma plus longue et plus belle paire à mon clou particulier…

Sur un pan du mur de notre grande « nursery, » depuis bien des jours de l’an, six clous réservés à l’usage antique et solennel restaient alignés.

Ils y sont même encore, quoique la « nursery » ait perdu son nom et son utilité. Ils y sont encore — persistants comme les bons souvenirs — accrochant parfois au passage le bout flottant d’un ceinturon, la dentelle d’une manche qui les effleure, comme pour remendier un peu de l’intérêt de jadis.

Comme on devient maussade et moralisateur en vieillissant !

Ces clous innocents, qui faisaient autrefois battre mon cœur impatient d’une joie sans bornes comme sans mélange, me font m’arrêter maintenant toute rêveuse et philosophante.

Je les recompte sur le mur, pensant que tout cela c’est fini, songeant aussi que l’un de leurs propriétaires n’y est plus, ne reviendra jamais, etc. Bien d’autres idées se mettent à me passer dans l’esprit et je reste immobile, là, au milieu de la pièce, regardant fixement… nulle part.

C’est que ces six clous en content, des choses !

Cela chante la poésie, la candeur de l’enfance, au milieu d’un entourage qui accuse l’expérience, la maturité des sentiments, qui trahit jusqu’à la transformation graduelle des aspirations chez les bébés grandis.

On voit çà et là des livres, des portraits, divers articles parlant tous le langage d’un autre âge.

Et, devant le contraste de ces deux époques, l’on se demande laquelle vaut le mieux ?

Au temps que je suspendais mon bas, je n’aurais voulu pour rien au monde perdre mes chères superstitions. Je croyais à Santa Claus avec fanatisme.

(...) A suivre !

Le rêve d’Antoinette.

À ma nièce.

Quatre fois j’ai vu, quand c’était le printemps, les grosses branches noires se revêtir de feuilles, et, fières de leur nouvelle toilette, l’agiter avec un gai froufrou en se pavanant au-dessus de ma tête, et les oiseaux tout joyeux revenir endormir leurs petits dans les berceaux de mousse neuve, au milieu des feuilles fraîches.

Quatre fois j’ai vu, suspendues aux arbres, les corbeilles renouvelées de fleurs blanches et roses que le petit Jésus y accroche au mois de mai.

Quatre fois aussi, depuis ma naissance, le tapis blanc de l’hiver s’est étendu sur la terre nue et laide pour la cacher à nos yeux attristés…

J’ai bien hâte de vous faire part de ce qui me préoccupe ; mais je tenais à vous dire cela auparavant, afin de vous donner une idée de mon âge. Le calcul n’est pas difficile, et si vous êtes un peu perspicace, vous avez deviné que j’ai eu mes quatre ans au mois de juillet dernier…

*

*  *

C’était la veille du jour de l’an ; il s’agissait pour maman de m’amener à la ville pour m’acheter une coiffure… Le petit frère malade l’avait empêchée de s’en occuper plus tôt.

Le détail peut paraître futile, mais il est très important. La suite de mon récit le prouvera.

À deux heures, j’étais habillée, mais d’une drôle de façon ! Ne trouvez-vous pas — je le demande aux personnes de mon âge — que les mères ont une tendresse bien chaleureuse ? Je l’appelle ainsi, parce que leur sollicitude et leur frayeur du froid les portent à nous emmitoufler de manière à nous faire périr par un excès pour éviter l’autre.

Je ris beaucoup quand, au moment de partir, je m’aperçus dans la glace. Un vrai peloton de laine !…

De mes boucles blondes, pas une n’avait osé s’échapper sous le triple tour du nuage bleu qui m’enveloppait la tête. Mon nez, enfoui dans tout ce lainage, paraissait si peu, que c’était à faire croire que je n’en avais pas.

On ne m’avait laissé que les yeux de libres, car on savait que cela me ferait tant de peine de ne rien voir… C’était déjà assez triste de ne pouvoir parler !…

Ma bouche, il ne fallait pas y songer ! Elle avait assez à faire de respirer à travers tout ce qui la couvrait.

*

*  *

Enfin nous montons en voiture ; puis, glin ! glin ! les grelots résonnent, et nous glissons vite sur la neige unie.

Oh ! que de jolies choses partout ! Des équipages par centaines, de belles dames, des petits enfants drôlement encapuchonnés comme moi !… Et, dans les vitrines, que de merveilles ! Des chevaux superbes qui semblent attendre leur maître ; à côté, des familles de poupées, les bras tendus et les yeux grands ouverts, comme pour appeler et chercher leurs petites mères parmi tous les enfants qui défilent devant elles.

À la fin, la voiture s’arrête, et Jacques, me prenant dans ses bras, me dépose sur le seuil d’un grand magasin.

Une demoiselle, habillée de noir, avec beaucoup de colliers et des cheveux frisés qui lui descendent dans les yeux, s’avance vers nous.

À la demande de maman, elle nous apporte plusieurs bonnets qu’on commence à m’essayer.

Je n’ai pas besoin de vous dire que je profitai de ce moment de liberté pour raconter tout ce que j’avais vu !

Après m’avoir mis, ôté et remis bien des choses plus ou moins pyramidales, il se trouva qu’une certaine coiffure, que la demoiselle en noir appelait très à la mode, sembla plaire davantage.

— Combien ?

— Cinq piastres seulement ! fit la demoiselle frisée, avec un air très aimable et d’un ton engageant — un peu comme Marguerite quand elle veut me coucher et que je n’ai pas sommeil.

Petite mère ouvrit des yeux plus grands que d’ordinaire.

— C’est bien cher !

— Remarquez que la peluche de soie est très dispendieuse, Madame, observa la marchande avec dignité, en flattant le bonnet sur ma tête, comme on caresse un petit chat. Celle-ci est de qualité supérieure… Puis, cela va si bien à votre joli bébé ! continua-t-elle en se penchant pour me voir… Et c’est chaud. Cela couvre entièrement les oreilles…

Elle dit encore beaucoup de choses en tournant et retournant le bonnet très à la mode.

Pendant ce temps, maman versait sur la table un grand nombre de sous blancs que la demoiselle frisée donna à un monsieur en lui disant : Cache ! 2

Elle avait peur que nous ne les reprenions, probablement.

(...)  A suivre

contes de noël traditionnels

Le jour de l’an

Pour les sept petites filles de Monsieur L. O. David, député

Assurément tous les petits enfants connaissent cette fête !

Elle est belle, elle est radieuse pour le plus grand nombre. Elle ramène l’excellent vieux Santa Claus avec des trésors fabuleux entassés dans ses poches immenses et inépuisables.

Quelques-uns, hélas ! ne connaissent de ce jour que les privations, plus cruelles par leur contraste avec la joie de tout le monde.

Ces malheureux petits pauvres que Santa Claus ne connaît pas, qui ne trouvent jamais, jamais rien dans leur soulier, c’est aux enfants heureux de les consoler, de se constituer leur Providence visible.

*

*  *

Le Petit-Jésus, lui qui n’oublie personne, voit leurs larmes. Il les recueille toutes ; il les change en des perles magnifiques dont il forme des couronnes plus belles que celles des anges — car les anges qui ne pleurent jamais n’ont pas de perles à leurs couronnes. Puis, quand ses amis dorment, il les vient chercher et les amène avec lui au ciel, pour leur montrer ces précieux joyaux et les ailes faites de la gaze des plus blancs nuages, qu’il garde pour eux.

*

*  *

Parmi les petites filles qui attendaient avec anxiété la joyeuse fête de l’enfance, il en était sept qui, fort probablement, auraient été forcées de renoncer aux étincelantes couronnes du Petit-Jésus, lesquelles ne se gagnent absolument qu’au prix des soupirs et des peines, n’eussent été les pleurs que leur faisait verser parfois la compassion. Et ceux-là valent presque, aux yeux de Dieu les pleurs de la misère.

Heureusement, les nobles émotions de leurs âmes sensibles au malheur, achetaient pour elles ces célestes récompenses.

Car des larmes !… d’honneur ! c’était un article rare sous leur toit.

Hors le cas de pitié, elles n’en faisaient usage que juste ce qu’il faut pour baigner le sourire, en vue d’obtenir les objets de leurs vœux.

On sait que c’est un principe de diplomatie qui a cours chez cette petite engeance, qu’un attrait irrésistible à ajouter à sa requête est celui d’un regard suppliant à travers des pleurs.

Et c’est d’excellente politique.

Le moyen de résister, je vous le demande, à tant de beaux yeux émus qui prient avec une si gentille ferveur !…

Le bon Dieu ne l’a pas encore trouvé, lui qui est bien plus fort que les hommes.

*

*  *

Mais en ce grand jour du « JOUR DE L’AN, » il n’était pas besoin de ruse ni de stratagèmes pour être heureux !

Mon Dieu ! que de trésors enfouis dans ces petits bas longs comme rien, mais si précieux pourtant avec leur riche et abondante cargaison !

Quel bon génie avait donc pu deviner les désirs secrets de chacune pour déposer mystérieusement à son chevet pendant la nuit, l’objet si ardemment souhaité ?…

Il n’y avait qu’un « bon Jésus » pour réaliser des rêves si follement ambitieux… pour verser si généreusement autant de merveilles entre leurs petites mains !

(...) A suivre

Contes de Noël traditionnels

Noël.

Deux souliers

Le petit Noël, au bout de sa tournée, s’arrêtait indécis devant deux souliers qui lui restaient à remplir.

Et pourtant, rarement il hésite, car c’est son métier de semer à pleines mains le bonheur sur sa route, et le bienfaisant génie a pour cette tâche délicate les grâces d’état.

Jamais, depuis qu’il avait commencé sa carrière, depuis qu’il avait été chargé de rappeler au monde le glorieux anniversaire en répandant les trésors de la charité divine, jamais il ne s’était trouvé en pareille perplexité.

C’est que pour un seul cadeau qui lui restait, il y avait encore deux souliers à combler.

L’un était une merveille.

La mule d’une sultane n’est pas plus précieuse, et Cendrillon en aurait avec plaisir chaussé son second pied.

Il était fait de peluche brodée d’argent, et, sur le nœud de satin, nuancé comme une fleur, qui l’ornait, un papillon reposait dont les ailes semblaient avoir gardé des reflets d’aurore.

Cambré sur son fier talon, touchant à peine le sol du bout de sa pointe effilée, ce soulier ne semblait avoir emprisonné jamais que le pied d’une fée mignonne, qui l’aurait laissé tomber à terre en s’élançant vers son mystique royaume.

Mais, ce qui surtout faisait ressortir la grâce exquise de l’adorable sandale et qui en même temps embrouillait complètement les idées de l’excellent petit Noël, c’était le contraste du voisinage.

À côté de ce chef-d’œuvre d’élégance et de luxe, gisait, sur le tapis, le plus roturier des sabots.

Lourd, usé, crotté, il semblait durci au feu, après avoir été trempé aux bourbiers des rues.

Pauvre petite ruine ! peut-être au demeurant était-elle plus à plaindre qu’à mépriser pour sa laideur…

Comme il avait dû vaillamment patauger, trottiner et courir pour être ainsi sali et morfondu, le pauvre sabot ! Mais, que venait-il faire ici ? Et pour qui réclamait-il les faveurs du petit Noël ?

Celui-ci voyait bien devant lui — sommeillant dans leurs lits respectifs — deux enfants, aussi dissemblables d’attitude et de nature que l’étaient le soulier merveille et le grossier sabot ; mais cela ne tranchait pas son embarras.

(...)  A suivre

Contes de Noël traditionnels

Le jour de l’an au ciel

À mes trois petites amies, Héva, Constance et Marie-Paule.

Au ciel il ne fait ni jour ni nuit. Dans cet heureux séjour luit constamment une splendide lumière, faite de toutes les aurores que le bon Dieu garde en réserve pour nous les dispenser une à une, de tous les rayons que nous verse journellement sa munificence sans jamais en épuiser le trésor, et de tous les astres éblouissants qui lui restent à semer encore dans les espaces azurés.

À la vérité, tout cela serait bien insuffisant pour éclairer l’immensité du céleste royaume, si la toute-puissance du Créateur lui-même ne l’illuminait d’un divin et suave reflet devant lequel le soleil pâlit.

C’est bien beau le paradis !… C’est si beau, si beau, que les hommes n’osent pas essayer de le décrire !

Pourtant, à certains moments, paraît-il, le ciel retentit d’harmonies inaccoutumées, et semble encore, si c’est possible, rayonner de clartés plus magnifiques. Le jour de Noël, par exemple, c’est grand gala, assure-t-on.

Je vais vous dire ce qui m’est arrivé, à travers les nuages des enivrants échos de ces fêtes.

Les lyres d’or des séraphins vibraient encore des accents du beau concert de Noël.

Déjà les élus les plus anciens — semblables aux bons vieux serviteurs qui ne s’attardent jamais dans l’accomplissement d’un devoir — se relevant de leur longue adoration aux pieds de l’Enfant-Jésus, dont c’était la fête spéciale, songeaient à retourner à leurs postes respectifs.

Saint Pierre regagnait sa loge de concierge d’un pas alerte. (On sait qu’au ciel, le grand âge n’est pas un fardeau.)

Sainte Cécile, qui s’était particulièrement surpassée par des élans d’extatique inspiration, remettait sa harpe dans son riche étui.

Les petits anges folâtres, reprenant leurs jeux, se poursuivaient en agitant leurs ailes blanches, jusqu’auprès de de la belle Vierge qui souriait à leurs ébats, et sous la surveillance du grand maître des angéliques légions, saint Michel.

Le vainqueur de Satan conservait l’allure formidable qui convient à un héros guerrier. Il n’effrayait pas cependant, avec son grand glaive — celui précisément qui lui servit dans son fameux combat avec Lucifer — les petits soldats de son armée ; quelques-uns d’entre eux se réfugiaient jusque dans les plis de ses ailes pour échapper aux espiègles assauts de leurs frères.

*

*  *

— Ah ! maintenant, disait à d’autres bienheureux un beau vieillard, il me faut songer à mes enfants de là-bas !

Savez-vous qui il appelait ainsi, ce beau vieillard ? et soupçonnez-vous un peu ce qu’il pouvait être lui-même ?

Ce vénérable personnage n’était autre que le fameux Santa Claus. Et ses enfants ?… C’étaient vous, c’étaient toutes les fillettes sages qui ont mérité des étrennes.

(...)  A suivre

Histoire de deux serins

Petite fable

Le soleil avait souri, à travers les branches dénudées, d’un sourire plein de promesses ; les bourgeons avaient percé la dure écorce, les corolles s’entr’ouvraient fraîches et rieuses, et les arbres, jasant avec la brise, balançaient leurs dômes verdoyants au-dessus des sources grondeuses.

Les oiseaux revenaient par essaims pour fêter la naissance des vertes feuillées, et celle des marguerites, leurs petites amies des champs.

Les nids moelleux s’équilibraient aux jointures des branches ; déjà leurs hôtes se gazouillaient tout bas leurs espérances pour la nouvelle couvée.

À la cime d’un grand chêne, tout une famille de serins saluaient, certain matin, l’aurore de son premier jour.

Le ruisseau qui dort, sous les grosses branches de l’arbre géant, le rayon de soleil qui miroite sur la feuille humide au bord du nid, le coin d’azur à travers le rideau de feuillage, cette verdure flottante qui les berce avec de caressants murmures, toutes ces nouveautés ravissantes qui se révèlent à leurs regards étonnés, tiennent hors du nid les têtes curieuses de ces êtres naissants.

L’horizon empourpré, la source éblouissante qui bondit sur le flanc de la montagne, les flocons blancs dans le bleu du ciel, tout cela a des tons chatoyants et séducteurs, des appels gros d’attraits et de promesses pour les nouveaux éclos.

Et c’est un murmure continu, un concert de petits cris joyeux. Qu’ils sont heureux de vivre !… Oiselets d’un jour, ils ont le présent harmonieux et ensoleillé ; et l’avenir !… l’avenir ! Quand les plumes dorées auront poussé, quand les ailes diaprées se déploieront avec la vigueur de la jeunesse ! l’avenir ne se prépare-t-il pas pour eux plus doux que le nid, plus vermeil qu’un reflet de crépuscule dans le ruisseau limpide ?

Les petits serins ont crû. Ils ont atteint la taille ordinaire des oiseaux de leur espèce ; mais l’un d’eux surtout est un prodige, l’orgueil de la famille, la gloire de la nichée.

Quand sa voix vibrante et modulée éveille les échos matinals, plus d’une jeune serine sent palpiter son cœur d’oiseau, et joint une note émue à ses trilles éclatants.

Les êtres ailés, moins méticuleux que les hommes, reconnaissent sans formalité et acceptent sans élections, le souverain que Dieu semble leur désigner dans celui d’entre eux qu’il dote de plus de charmes. Ceux du vieux chêne avaient voué un culte d’admiration et d’hommage à leur superbe compagnon.

Mais lui, indifférent à ses honneurs et à son prestige, ne formait dans sa tête altière que des projets aventureux de fuite et de voyages.

Un jour — aussi puissant que beau — il s’élança d’un seul trait, de la cime du grand arbre au sommet de la montagne lointaine. Puis, intrépide, il alla se percher sur une branche morte accrochée au milieu de la cascade fougueuse. De là il envoya au ciel sa chanson triomphale.

(...) A suivre

le dernier biberon

On avait dit à bébé : — C’est fini maintenant ! Vous êtes trop grande. Il faut jeter cette affreuse chose au chat. Au Çat, répétait-elle, captivée par le souvenir du favori. Et c’est tout ce qu’elle retenait de ce grave sillogisme.

Or voici ce qui en était :

La question avait été agitée en famille à l’heure du couvre-feu, au moment où bébé en camisole blanche, les gros petons nus, distribuait les bonsoirs, embrassant à grand bruit sa menotte étendue, à l’adresse de chacun.

Toutes les têtes levées, fascinées par ce jésus potelé aux boucles blondes, souriaient, lui renvoyaient les baisers ; mais… la bonne se penche, et, à demi-voix : — Faut-il le lui donner ? — Ah c’est vrai ! fait la maman subitement rembrunie, prise de lâcheté devant la grandeur du sacrifice, puis cédant tout-à-fait :

— Si, pour ce soir. Alors le père, sans quitter sa gazette, mais enlevant son cigare, prononce avec énergie : — Ne lui donnez pas cette horreur ! je vous en prie !

Là ! Il proteste. Ça lui est bien facile à lui.

— On ne peut pas, fut-il objecté, tout d’un coup, comme cela…

Mais lui l’interrompant :

— Je te dis que vous l’empoisonnez !

Vous l’empoisonnez ! voilà bien les pères. Ces stoïciens de la théorie, ces braves d’arrière-plan qui commandent la manœuvre d’une voix de tonnerre et s’enferment dans leur cabinet pour ne l’entendre pas exécuter.

— Eh bien ! essayez, avait dit la maman avec résignation, intimidée par tant de fermeté.

Mais vous ne savez pas encore le sujet du litige.

L’article en question, l’objet des foudres paternelles, c’est une petite chose informe, d’une teinte grisâtre, brouillée, inquiétante ; un lambeau de caoutchouc, déchiqueté par des dents aigües ; c’est un vestige du dernier biberon de bébé, aussi méconnaissable qu’une balle dont on retrouve le plomb fondu et mâché ; une chose, enfin, peu appétissante, d’un parfum… étrange, et à laquelle le petit monstre tient plus qu’à tout au monde.

(...) A suivre